- ResMusica - https://www.resmusica.com -

La Rondine, finalmente Gheorghiu !

A l’évidence, possède un sens inné, certain des atmosphères. Après un Samson et Dalila violemment ancré dans l’exotisme peplum, néo-victorien, d’un Alma-Tadema (San Francisco, septembre 07… on en a parlé ailleurs), il nous offre ce soir une éblouissante (pour l’œil et pour l’oreille) Rondine, venue de Toulouse, qu’il transpose, et c’est très très bien ainsi, dans les années 20.

Nous voici donc dans ces somptueux salons pseudo-mondains, légèrement désuets, légèrement compassés, déjà vus à Toulouse, Londres et Paris, dans lesquels évoluent les ombres délétères d’un Mucha, d’un Klimt, d’une Tamara de Lempicka et autres , sans oublier Tiffany (pour la magnifique verrière de l’acte III), dans lesquels sévissent Magda, Ruggero et quelques autres. Les superbes costumes de , les innombrables accessoires art-déco (parfois superfétatoires….. ils distraient) ajoutent encore, comme si besoin l’était, à ce parfum faisandé du tout. L’action, alerte, voire nerveuse, urgente, bien menée, bien enlevée, crée le spectacle. Nous attendions ici cette Rondine (œuvre et production) avec impatience (l’unique Rondine locale date de 1934 ! Lucrezia Bori, , Lillian Clark, , sous la direction de ), avec la même impatience que les débuts locaux d’Angela Gheorghiu.

Enjouée, sincère et spontanée, espiègle et savoureuse, Angela Gheorghiu joue la comédie à ravir, pour finalement confronter la réalité d’un destin qu’elle se choisit et abdiquer en quelques minutes, en fin de parcours (elle restera alors sobre et touchante, ô combien vulnérable). La voix, admirablement contrôlée, saine et robuste, fraîche et sonore (l’aigu, filé avec une aisance indicible, reste lumineux, le legato superbement maîtrisé) se libère et s’épanouit dès les premiers instants, dès le «Chi il bel sogno di Doretta»… C’est gagné.

Magda/Gheorghiu : une fort belle réussite, un petit chef-d’œuvre de caractérisation, vocal, scénique. , entiché de Magda, elle aussi séduite et conquise, incarne un Ruggero naïf et passionné et s’avère un excellent acteur. Techniquement si peu sûr (flou de la ligne, boursouflures inopinées, tendance à chanter bas et mat), il accumule, hélas, maladresses et malchances. Dans les rôles de Prunier, de Lisette, et emportent l’adhésion. Leur duo «Tu sapessi a quale prezzo ti disprezzo» sera l’un des grands moments de la soirée. campe, lui, un Rambaldo mature, éloquent, suffisamment inquiétant. Vigoureuses, efficaces, , Melody Moore, Katharine Tier, nos trois pipelettes, minaudent et frétillent avec ardeur. Les chœurs, énergiques et vaillants, sont étrangement (pour une Rondine) présents.

La direction bien endimanchée d’Ion Marin épouse, cahin-caha, le rythme du plateau !… Joël, Gheorghiu : ne nous plaignons pas que la mariée ne soit trop belle et ne boudons surtout pas notre plaisir.

Crédit photographique : Mysha Didyk (Ruggero) & Angela Gheorghiu (Magda) © Terrence McCarthy

(Visited 141 times, 1 visits today)