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Firenze 1616, Vincent Dumestre explore le premier baroque italien

Continuant son exploration du premier baroque italien, commencée dès la naissance de son ensemble, , nous propose dans Firenze 1616, un voyage initiatique dont vous ne reviendrez pas intact, tant cette musique savante est fascinante et bouleversante. Alors que Florence amorce son déclin politique, elle est un creuset d’où va émerger une nouvelle forme musicale, l’opéra. S’appuyant sur les expérimentations de la Camerata Bardi, cherchant à recréer l’idéal de la tragédie grecque, les compositeurs florentins entrelacent poésie et musique, faisant emprunter à leur recherche sur le parlar cantando différents chemins dont l’originalité permet, à travers ce foisonnement, de montrer toutes les facettes d’une quête entre le « beau chant de la sprezzatura » si propre à Caccini et la créativité « avant-gardiste » de Belli.

Cet enregistrement en deux parties, nous guide sur ces chemins de traverse vers une musique dont la beauté et l’expressivité ne peut laisser qui que ce soit indifférent, nous montrant à quel point la poésie italienne de la Renaissance et baroque (ici par les mots de Pétrarque et Chiabrera) et la musique de cette époque magnifiaient en fusionnant, cette quête d’une expression d’un chant idéal. Io moro de qui ouvre ce disque par ses audaces vocales et musicales en est une des facettes, tout comme les airs de Caccini. C’est Chiabrera qui donne à Belli les paroles de L’Orfeo Dolente, œuvre qui nous est offerte ici en seconde partie, où seul le désespoir d’Orphée subsiste. Particulièrement torturée, la musique de Domenico Belli, trouve ici des interprètes à la hauteur du défi que représente ce chant d’Orphée, brisant le chant de la lyre dans l’amertume du désespoir. , incarne cet Orphée en donnant à son timbre des couleurs éclatées, dispersées par le prisme de la douleur. sait nous faire percevoir les déchirements de cette mère (Calliope) dont le chant s’enrichit d’une présence quasi charnelle, usant de la séduction pour sauver son fils d’un destin dont elle pressent qu’il est inéluctable. Les dieux sont cruels et des profondeurs de l’Enfer, en exprime leur puissante indifférence.

et son ensemble maîtrisent les nuances, les chromatismes, les dissonances fulgurantes, donnant un équilibre et une harmonie aux couleurs d’une basse continue qui permet de ne jamais se perdre dans le chaos des affeti, et de les transcender « In van il duol dissimolo » (En vain je cache ma douleur). Tandis que dans un mouvement virevoltant les grâces (à la délicatesse vocale d’une pureté inouïe, celle des roses mystiques) veulent nous entraîner à l’appel du cornet à bouquin, nous ne sommes pas loin de nous abandonner à l’infinie mélancolie de la poésie de Chiabrera et du chœur final, renonçant à l’illusion d’une vie, telle la Daphné du Bernin qui orne le superbe livret qu’Alpha nous offre une fois de plus, une vie où l’espoir est si fragile qu’il ne peut que s’abimer dans le vertige et l’extase de la mort. nous offre ici une « calligraphie chantée », aux ornements troublants, aux beautés « vénéneuses » et insoupçonnées.