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Hanjo de Toshio Hosokawa, les musiques de l’âme

Avec Hanjo, nous sommes loin des opéras aux intrigues amoureuses et historiques des siècles précédents. Le poète , inspirateur du livret, fonde son argumentation littéraire sur les tourments de l’âme, les questionnements de la pensée. Écrivain du nô moderne, il propose un voyage dans l’intime de ses héros. Plus que sur l’action, il s’attarde sur la réflexion.

L’attente est le sentiment qui domine Hanjo. Hanako, une geisha, attend l’homme avec qui elle avait échangé son éventail avec la promesse de se retrouver. Pendant des années, tous les jours, elle hante la gare de Tokyo, scrutant les passagers pour retrouver l’homme qu’elle attend. Sombrant dans la folie, elle est rachetée par une femme peintre éprise par la beauté de la jeune femme. Un jour, l’homme revient, mais Hanako décide de ne pas le reconnaître terminant ainsi ses jours auprès de sa maîtresse. Drame de l’attente, drame de la folie, et drames conjugués d’amours impossibles.

L’univers des sentiments, de l’intérieur, les met en musique avec une finesse toute particulière. Cet admirateur de Toru Takemitsu cerne l’âme de ses personnages avec une harmonisation orchestrale des plus raffinées. Une musique souvent planante, parfois martelée par les percussions marquant les coups de boutoir de la mémoire dérangée de la jeune Hanako. Une musique qui reste constamment au bord de la rupture, comme si le drame était imminent, puis qui retourne dans son lit d’harmonies et de douces dissonances. Traitant la voix dans l’instrumentation orchestrale, le compositeur la fait soudain alterner avec la parole parlée, sans que l’un ne soit confiné dans une strophe ou l’autre ne soit un récitatif. Étrange sensation d’un chant interrompu. Comme si l’on voulait que le mot renforce la musique ou comme si la musique devait souligner la parole.

Et la parole est toute dévouée à l’attente. L’attente énoncée sous tous les tons. L’attente désespérée d’Hanako que Jistuka ne peut comprendre, elle qui n’a jamais attendu. Dans un décor épuré d’un fond de scène fait d’un grand panneau de troncs de bois, une chaise. Sur les côtés, des panneaux pivotants bleus ou blancs soulignent qu’on est à l’intérieur ou à l’extérieur de la pièce ainsi formée. Hanako, revêtue d’un amas de tissus matelassés, les yeux hagards, gesticule lentement pendant que l’ouverture musicale dépose son climat d’angoisse. Actrice admirable, la soprano (Hanako) dévoile la folie de son personnage dans les regards perdus de son désarroi mental. Poignante à pleurer, son chant investi contraste avec celui de sa «propriétaire». Empreint de la désillusion de sa vie, sans espoir d’autre amour que celui qu’elle voue à la beauté de la jeune femme, le chant de la mezzo Frederika Brillembourg (Jitsuka Honda) se fait plus dur, plus âpre. Au retour de Yoshio (très passionné ), on croit à un dénouement espéré mais, il n’aura pas lieu. Hanako retourne dans la prison intérieure de son esprit à jamais égaré.

Le travail de mise en scène d’, s’il se complait dans une sobriété de moyens scéniques, reste d’une grande force en rapport au travail d’acteurs qu’elle met en place. Et si le spectateur peut y ressentir une certaine monotonie, de la lenteur lancinante, on ne sort pas indemne de ce spectacle. L’opéra se termine comme il a commencé, dans une douceur musicale qui du silence retourne au silence. Comme un message inlassablement répété.

Crédit photographique : © Bertrand Stofleth