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Boulez, Mozart et l’évidence

En ouverture d’un mini-cycle , le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles accueillait maître Pierre dans un programme, pour moitié, bien peu « boulézien ». En effet, Mozart, n’est pas le répertoire que l’on associe le plus naturellement à l’art du Sage de Montbrison. Cela étant, en tout bon chef d’orchestre et directeur musical de grandes phalanges, Boulez s’est toujours frotté au répertoire classique ; les discophiles maniaques du chef possèdent une symphonie n°5 de Beethoven enregistrée (d’ailleurs plutôt mal) pour CBS avec le New Philharmonia de Londres ! Quant à Mozart, le vieux chef fréquente quelques partitions et dans son jeune temps à la tête de l’orchestre du Domaine musical, il avait gravé des concertos de Mozart avec Yvonne Loriod-Messiaen (disque Vega). Pour en revenir à la Gran Partita, il la possédait déjà à son répertoire et en avait donné une belle version à la tête des solistes des Wiener Philharmoniker dans le cadre du festival de Salzbourg « 100% Mozart » de 2006.

Rompu aux créations les plus redoutables, l’ reste un incroyable ensemble de solistes. Dès lors, ce Mozart est un véritable festival de sonorités et de nuances. Touchés par une grâce et une écoute mutuelle saisissante, les solistes de l’EIC offrent un Mozart apaisé, apaisant et incroyablement fruité, tout en arrivant à une sidérante variété de nuances. Boulez caresse plus qu’il dirige, se limitant à insister sur un phrasé ou un contre-chant.

Changement radical de ton en seconde partie avec l’un des piliers de la musique moderne : le concerto de chambre de Berg articulé autour d’une curieuse « dream team » : la sensualité lumineuse du jeu de la pianiste et la technique intellectuelle de au violon. Bien évidement, tout est millimétré et dosé dans cette interprétation à la plastique instrumentale superlative et aux dosages infinitésimaux de l’accompagnement orchestral. La seule chose à faire est de rendre les armes et d’applaudir un tel concert qui allie le bonheur de l’esprit et des sens.

Crédit photographique : Clive Barda © DGG