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Requiem de Berlioz par Colin Davis : timbres, espace et profondeur

Festival de Saint-Denis

Après Duruflé et Campra, le prestigieux Festival de Saint Denis convoquant cette année les plus grandes têtes d’affiche refermait cette trilogie des requiem français par la Grande Messe des morts d’, l’œuvre chérie entre toutes de celle du compositeur qui se réjouissait en 1835 d’avoir écrit « la musique apocalyptique qu’il s’agissait de trouver pour ce texte terrible ». Cette partition « passablement grande » réunissait le chœur de Radio-France augmenté du chœur italien de l’Académie Sainte Cécile de Rome et l’Orchestre National à son grand complet – plus quelques supplémentaires pour les six paires de timbales ! -. A leur tête, le plus grand défenseur du compositeur français, dont la direction puissante autant que racée su insuffler aux dix mouvements du Requiem une éblouissante dramaturgie sonore.

Si le « Tuba Mirum » du Dies Irae mettant en résonance ses orchestres de cuivres aux quatre coins du transept fait monter l’intensité jusqu’à saturation sonore, on a cependant dans cet ouvrage de véritables « sotto voce » (à voix basse) au sein de l’orchestre comme du chœur préparé avec une extrême précision. sait faire vivre ces contrastes avec une maîtrise absolue. C’est dans l’Offertoire, une des plus belles pages du Requiem comme dans le Quaerens me entièrement à capella que l’on appréciait tout particulièrement le pupitre des voix d’hommes, profondes et très homogènes, d’une parfaite articulation dans le récitatif de l’Hostias. Pensant davantage sa partition en termes de masses chorales et de raffinements de couleurs, Berlioz n’écrit qu’un seul air de soliste – et toujours pour une voix d’homme – émergeant des sonorités séraphiques du Sanctus. C’est la voix chaleureuse et bien timbrée du ténor belge – rehaussée d’un « frisson » de cymbale dans le da capo – qui ressortait au côté du chœur responsorial juste avant la fugue très enlevée de l’Hosanna in excelsis. On ne mentionnera jamais assez toutes les trouvailles sonores – jeu de sourdines pour les vents, opposition de registres extrêmes mesurant l’abîme des ténèbres – que Berlioz imagine pour faire de son Requiem, à l’égal de « la Fantastique », une fresque flamboyante. Hormis quelques ajustements difficiles entre flûtes et trombones, l’Orchestre National galvanisé par la conduite impériale de Colin Davis rendait justice à ce mal aimé des Français dont l’élan visionnaire trouvait dans l’espace de la basilique sa juste démesure.

Crédit photographique : Colin Davis © DR

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