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Aucun souci pour l‘avenir des voix lyriques en France !

Ce troisième concert des journées de Lagraulet 2008, en ce dimanche matin radieux, a rassemblé un public extrêmement nombreux.

La tradition d’un concert lyrique généreux et enthousiasmant n’a pas été ternie, bien au contraire. Cette année la traditionnelle master-class de chant a été confiée sur trois demi journées à une très grande artiste qui a fait une carrière exemplaire. a chanté tous les grands rôles de Mezzo des plus grands compositeurs, sur les plus grandes scènes internationales, entourée des plus prestigieux collègues du moment et sous la direction de chefs extraordinaires. Elle a une connaissance parfaite et de la technique vocale et des «ficelles» du très difficile métier de chanteur lyrique. Avec gentillesse, et une attention de tous les instants elle a accompagné cinq élèves, déjà techniquement très au point et agréablement doués, vers d’avantage de musicalité et de beauté vocale. Il a été confié à chacun un air ou un duo pour débuter le concert lyrique. Johanna Brault qui était déjà présente l’an dernier a beaucoup mûri et est devenue une superbe chanteuse, qui avec un aplomb rare, un phrasé délicieux et beaucoup d’énergie s’est lancé sans frémir dans le grand air de Sesto de la Clémence de Titus de Mozart. La voix est déjà magnifiquement timbrée et son ampleur confortable. Si son magnifique tempérament ne lui fait pas se brûler les ailes, elle devrait bientôt débuter une belle carrière. Son entrée au conservatoire de Paris est très encourageante et lui permettra de parfaire une formation bien engagée.

a un nom qu’il convient de retenir. Ce jeune ténor, vainqueur du récent concours de Béziers, est une promesse vivante d’un bel avenir. Grand, solide et d’une prestance peu commune, il bénéficie d’une belle et longue voix de ténor. Sa musicalité est parfaite et son audace peu commune. Il se lance sans frémir dans un air d’une difficulté extrême, rare et peu chanté. L’air de Joseph de l’opéra éponyme de Méhul, lui convient admirablement pour montrer sa vaillance ainsi que son sens du phrasé et de la ligne mélodique. Sa diction est naturelle et limpide. Je vous l’assure un nom à retenir car il a juste 24 ans !

Nadia Yermani a beaucoup d’aplomb et en chantant l’air de bravoure d’Isabelle de l’Italienne à Alger elle entraîne facilement le public à sa suite. Les vocalises redoutables sont en places et la voix timbrée sur toute la tessiture, reste ferme tout du long. Quel tempérament ! a une délicieuse voix de soprano très lumineuse. Elle a le piquant et la délicatesse qui conviennent à Suzanne des Noces de Figaro. Son Comte, , juvénile et entreprenant, a beaucoup de charme. Voix de baryton claire et sonore à la fois il est particulièrement musicien. Leur duo de charme complexe a appelé des applaudissements nourris du public conquis. Les élèves ont ainsi mis la barre très haut pour débuter ce concert.

Après une interprétation virtuose et enflammée de la danse rituelle du feu de Manuel De Falla par c’est avec un aplomb extraordinaire que s’est mise au piano pour improviser de mémoire, en voix naturelle brute, les dernières incantations de cette partition. Puis en prenant place devant le piano, retrouvant sa place d’accompagnatrice attentive, sensible et amicale, elle a distillé une sublime mélodie de Obradors. Timbre prenant, demi-teintes parfaitement dosées et souffle long et tranquille, tout l’art du chant de la grande diva était là comme intact. Après l’espagnol s’est en russe qu’elle a interprété la triste mélodie de Vlassov. Mais c’est avec l’air de Dalila, mon cœur s’ouvre à ta voix, que Viorica Cortez a achevé de convaincre le public enthousiasmé de sa vitalité et de sa parfaite musicalité. Une telle tenue de ligne, une si parfaite maîtrise des nuances est rarissime après une si longue carrière et démontre combien une parfaite technique est garante de longévité vocale.

Les quatre chanteurs professionnels, qui amorcent leur carrière, ont développé ensuite bien des qualités pour enchanter le public. a un timbre de contralto rare. Très aimée par le public du Capitole, elle fût une Erda inoubliable sur la scène du Capitole il y a quelques années, et plus récemment dans la voix de la mère a convaincu dans des conditions extrêmes. Dans le terrible air d’Ulrica du Bal Masqué elle a fait très forte impression mais c’est également son sens dramatique qui a fait trembler le public avec le magnifique et terrifiant air d’Hérodiade de Massenet. Les directeurs de théâtre peuvent compter et sur une voix hors du commun et sur un sens dramatique fulgurant pour lui offrir de nouveaux rôles.

André Heijbœr est aussi présent sur la scène du Capitole et sa carrière est très prometteuse. Avec un tel tempérament, une voix si généreuse et une maîtrise technique si excellente (ses messa di voce….. ) il a conquis les applaudissements du public que ce soit dans le terrible scintille diamant des Contes d’Hoffmann (quels aigus !!) ou dans Rigoletto et Macbeth (quelle force dramatique !!!). Les rôles de premier plan semblent à sa portée et l’attendent bientôt…

Liliana Faraon a pour elle un charme personnel et une aisance conquérante. Sa voix est joliment timbrée et ses coloratures sont précises. Les suraigus sont beaux et semblent faciles. Sa valse de Juliette est enlevée, sa Gilda touchante et poétique. Mais c’est dans un petit air tout simple qu’elle dévoile des qualités musicales et interprétatives rares ainsi qu’un sens de l’humour extravagant. La simplicité de l’air de Rita de Donizetti exige bien plus qu’une simple chanteuse…

Enfin le ténor emporte aussi un succès mérité en incarnant un Macduff élégant et noble, un Roméo poète et un Duc dévergondé et amoral pourtant irrésistible. La voix semble facile tant elle est bien conduite. Et la musicalité du chanteur lui permet d’aborder les suraigus avec facilité. L’air de Roméo est même chanté sans la transposition habituelle avec un contre-ut solaire d’une beauté rare.

Réunis dans le quatuor de Rigoletto les chanteurs complices ont offert une interprétation idéale de cette page sublime. Quelle chance de pouvoir bénéficier à Lagraulet d’un concert de deux heures qui a permis d’écouter une somme d’œuvres fabuleuse ! La présentation du concert par Marc Laborde très érudit et brillant, la présence musicale parfaite et amicale constante d’ ont contribué à la réussite de ce concert.

En France, quoi qu’on en dise, les voix sont là, belles, saines, et prometteuses. L’avenir du chant lyrique est assuré avec de tels artistes, en herbes, en devenir et confirmés. Ils se sont donné rendez-vous à Lagraulet dont Viorica Cortez a dit : «le bon Dieu a mis ici tout ce qu’il a de mieux !». Et c’est vrai !!!

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