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Dennis Brain, corniste de prestige

Nous avons déjà évoqué le nom du corniste anglais (1921-1957) lors d’une énième réédition de sa gravure des quatre Concertos pour cor de Mozart avec le sous la baguette d’. Bien qu’audacieuse pour l’époque, cette première mondiale intégrale, réalisée en novembre 1953 au Kingsway Hall de Londres, un peu par hasard lors de la disponibilité de tous les musiciens concernés, fut l’un des plus grands succès de la Columbia anglaise, l’une de ses meilleures ventes, et ne quitta pour ainsi dire jamais le catalogue EMI.

Il est universellement admis que dans l’histoire du cor, il y a un avant et un après  ; toutefois il ne faut pas oublier qu’il avait de qui tenir, puisque son père, Aubrey Brain (1893-1955), fut le meilleur corniste de sa génération, témoin la quantité impressionnante d’enregistrements orchestraux sous divers chefs prestigieux ou de musique de chambre qu’Aubrey nous a légués de 1911 à 1945. C’est également en tant que musicien d’orchestre (notamment avec le légendaire de Walter Legge) et comme chambriste que l’héritage discographique de nous est des plus précieux, et ce magnifique album de quatre CDs EMI de la série Icon (à laquelle nous devons un admirable Solomon) nous fait d’autant plus regretter que sa carrière et sa vie furent coupées net par ce stupide accident de voiture intervenu le 1er septembre 1957. Cette anthologie rassemble pour la première fois pratiquement toutes les gravures de ce grand corniste, qu’elles soient d’origine 78 tours ou microsillon, et nous offre ainsi l’occasion de le connaître de façon plus approfondie et d’apprécier le caractère parfois espiègle d’un immense musicien qui, n’ayant jamais le gros cou et ne se prenant guère au sérieux, accomplissait son art de musicien avec la plus simple grandeur et la plus noble ferveur.

Le programme de cette réalisation paraîtra à première vue un peu disparate, certains enregistrements étant réalisés dans un but éducationnel, comme ces extraits d’œuvres de Dittersdorf, Haydn ou Mozart, ou cette Sonnerie de cor de Siegfried de Wagner mettant à nu la prodigieuse technique de son interprète, mais à côté de cela, que de merveilles que l’on ne se lasse pas d’écouter ou de réécouter : bien évidemment les quatre Concertos pour cor de Mozart déjà évoqués qui seront le sujet de passionnantes comparaisons avec les gravures antérieures dirigées par Sir Malcolm Sargent, Lawrence Turner et le grand  ; les deux Concertos de qui, sous la direction inspirée du non moins grand , n’ont jamais été égalés ; le fameux Concerto d’Hindemith – dédié à Dennis Brain – dont l’enregistrement, pour la petite histoire, fut initialement prévu sous la baguette d’ (avec qui Dennis Brain ne s’entendait guère), et dont le résultat, par la seule faute du chef, était d’une lourdeur telle que l’enregistrement fut interrompu et que Walter Legge fit appel en catastrophe au compositeur lui-même pour diriger les gravures légendaires que l’on sait… Un tout grand merci à pour le résultat indirect de sa «maladresse» !

Il y a également ce pur joyau qu’est le Nocturne du Songe d’une Nuit d’Été de Mendelssohn, d’une féerie et d’une splendeur absolument inégalées dans l’interprétation de l’immense et pourtant sous-estimé (1900-1973) : nous supplions EMI de rééditer complètement ce qui constitue à notre connaissance la toute première gravure intégrale de l’œuvre de Mendelssohn dans cette interprétation fabuleuse de février 1954.

Toutefois c’est dans le domaine de la musique de chambre que les surprises nous attendent : avec ses amis du Dennis Brain Wind Ensemble, le grand corniste se révèle excellent avocat de la musique de son temps, témoin ces merveilleux enregistrements d’œuvres de Lennox Berkeley (dont le Trio dédié à la mémoire d’Aubrey Brain, est hélas finalement devenu un hommage à celle de son fils Dennis), (on pardonnera la petite erreur du hautboïste dans le début de la première des Trois Pièces Brèves) et Gordon Jacob avec son très beau Sextuor pour vents et piano.

Ce superbe album ne pouvait manquer de s’achever sur cette farce désopilante qu’est le soi-disant Concerto pour tuyau d’arrosage et cordes de Leopold Mozart, «exécuté» lors du fameux Concert Hoffnung le 13 novembre 1956 au Royal Festival Hall de Londres. Il s’agit en réalité du troisième mouvement du Concerto pour cor des Alpes de Leopold Mozart, joué sur un tuyau d’arrosage de la longueur d’un jardin, muni d’une embouchure de cor normal ! Le spectacle a certainement paru bien plus loufoque que le son produit ; inutile de préciser que Dennis Brain, en musicien plein d’humour, a dû s’y amuser comme un petit fou ! Et grâce à cet enregistrement, nous aussi, par la même occasion…

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