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Boulez et l’Intercontemporain jouent… Mozart !

Un disque surprenant puisque et l’ y réunissent les deux écoles de Vienne en rapprochant deux œuvres possédant chacune la particularité d’avoir été écrite pour treize solistes : la curieuse Sérénade en si bémol majeur de Mozart, dite «Grande partita», et le célèbre Concerto de chambre de Berg.

Ce qui surprend dès la première écoute du chef-d’œuvre mozartien, c’est le merveilleux équilibre qui règne tout au long de l’œuvre entre les instruments, équilibre favorisé par l’impeccable prise de son (effectuée à l’IRCAM, donc dans des conditions optimales) ; le dessin admirablement distinct de chaque partie et la mise en exergue équitable de tous les timbres confèrent à l’œuvre une nouvelle dimension, étrangement séduisante : le son gagne en plénitude, les harmonies ressortent et c’est ce qui fait toute la force de cet enregistrement. Un Mozart inhabituel surgit, qu’il est plaisant de redécouvrir ; on pourra peut-être reprocher à cette interprétation sa recherche d’une perfection presque inhumaine, voire son refus de tout abandon, comme dans l’adagio au gré duquel un peu plus de tempo rubato eût été bienvenu, surtout dans les interventions des solistes.

Chez Berg, on passe dans un tout autre registre ; ici, l’engagement expressif qui nous manquait chez Mozart est bien plus présent et mis au service d’une dramaturgie de la partition assez poignante, le jeu violonistique de se mêlant à merveille aux sonorités des vents, à l’instar du piano de , délicat, précis, parfaitement dans l’esprit du compositeur ; c’est un plaisir rare que dispense cette audition, la richesse du timbre y semblant inépuisable.

Si le rapprochement inédit des deux grands compositeurs viennois semblait relever du pari audacieux, cet enregistrement ne décevra ni les amateurs de Berg ni les inconditionnels de Mozart.