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Aboutissement messiaenique

Messiaen 2008

Dans le cadre des divers témoignages d’admiration pour la musique d’, compositeur centenaire depuis quelques jours, le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles accueillait l’orchestre symphonique de Baden-Baden et Fribourg et , son chef principal depuis 1999. Au programme de ce dernier hommage, la dernière œuvre achevée du compositeur français : les Éclairs sur l’Au-delà…, partition gigantesque, écrite et orchestrée de 1987 à 1991. Cent vingt-huit musiciens, près d’une heure et quart de musique, dix flûtes, dix clarinettes, dix percussionnistes, et bien armés…, des cuivres, plus que jamais, du monde et du son, encore…

Une scène comble, une salle vide… Non, clairsemée, bien trop clairsemée… Quelqu’un fait peur ou quelque chose… Bref, bien trop peu de monde pour une œuvre d’envergure exceptionnelle, balancée sur onze mouvements, autour d’un paroxysme extatique, contemplation merveilleuse (Demeurer dans l’Amour) et d’un final magmatique, larges mouvements d’une plénitude éternelle (Le Christ, Lumière du Paradis). L’inspiration religieuse de Messiaen se précise «apocalyptique» ; au terme de sa vie, le compositeur laisse un testament, l’inspiration finale d’une féconde attitude solipsiste, d’un destin personnel qui se confond dans la foi d’un monde qui s’achève.

Les Éclairs sur l’Au-delà forment une œuvre qui prend le temps d’étaler ces visions, pleines des couleurs harmoniques les plus raffinées de Messiaen, modes à transposition limitée, polymodalité, rythmes complexes, orchestration subtile et chants d’oiseaux, bien sûr… Parmi les miracles de la pièce : ces passages non mesurés qui laissent les bois exprimer leurs airs virevoltants, brillamment piaillés…

Pour développer ce gigantisme, l’orchestre de Baden-Baden et Fribourg semble tout désigné : fort d’un enregistrement récent de l’œuvre pour orchestre de Messiaen, il bénéficie aussi (mais pas seulement) d’une remarquable expérience en matière de création contemporaine. Malgré une mise en musique délicate (les difficiles attaques des cuivres dans le premier choral manquent un peu de rigueur), le concert confirme l’attente de l’auditeur averti : les nombreux passages solistes ou pupitres isolés révèlent une phalange sans faiblesses, attentive à la direction, et les musiciens, tous ensembles, produisent une impression de force tranquille qui sied parfaitement à la difficulté du texte, à l’ampleur de l’argument. veille à la précision d’un discours musical qui le met à rude contribution et, tel un entraîneur de football au bord du terrain, il bouge et se cambre et se tord, pour sembler, à la fin du match, plus exténué que ses joueurs. Des joueurs et des musiciens qui, applaudis généreusement par un public attentif, se congratulent à la fin du concert. L’aboutissement d’une véritable performance, l’envol d’une œuvre puissante qui clôture en apothéose ces vénérations «Messiaeniques» au Palais des Beaux-Arts.

Crédit photographique : Sylvain Cambreling © Marco Borggreve