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Jérémie Rhorer ressuscite Haydn

L’infedeltà delusa

Le contraste est toujours aussi saisissant, une telle qualité, une si grande rhétorique musicale pour un sujet aussi léger, pour une burletta. Oui mais c’est Haydn et le maître d’Esterhazy ne sait pas faire dans l’à peu près musical. Et il est un fait que dans cette Infedelà delusa, la partie orchestrale se suffirait à elle-même, comme une symphonie de plus. Ce serait toutefois appauvrir non seulement l’intention, mais la richesse de la partition belle et bien pensée pour être une œuvre scénique où les voix tiennent la première place, sans pour autant pouvoir se passer de l’orchestre, comme il arrive parfois dans certains opéras, où la fosse ne vient que remplir ou souligner tel ou tel aspect. L’œuvre est complète, richement complète et pourtant très sobre : seuls quelques solistes et l’orchestre. L’exigence des voix n’en est que plus grande. À la fois soliste et chœur, elles doivent cultiver le singulier et l’unicité.

C’est ce qu’ont réussi l’ensemble des interprètes ce dimanche à l’opéra de Toulon et ce malgré, l’absence pour raison de santé de Ina Kringelborn. Le remplacement au pied levé par avec partition (et Magalie Bouchet sur scène) n’ébranla en rien l’équilibre subtile des voix et de l’orchestre. Toutes les voix étaient au diapason, superbes tant dans la musicalité que dans leur expressivité scénique. Certes, la critique s’est déjà plu à souligner la qualité de , magnifique, se prêtant admirablement à toutes les fantaisies burlesques de la mise en scène, mais il serait injuste que la qualité de Vespina éclipse les autres rôles qui tous sont entrés dans l’esprit burlesque de avec brio et à propos. Une distribution exceptionnelle à hauteur de ce qu’exige une telle partition où les solistes doivent tenir la scène sans le soutien d’aucun chœur. Un plateau remarquable pour une fosse exceptionnelle.

Encore, une fois, il est de bon ton cette année de s’incliner devant celui que la critique considère comme la révélation de l’année 2008, et son orchestre, Le cercle de l’harmonie. Et de fait, il y a de quoi ! Non seulement la qualité de jeu allie finesse et précision, technique et musicalité, mais par-dessus tout l’interprétation est véritablement classique. Si l’on peut discourir sur les instruments d’époque – ou du moins d’esprit classique – ou non, s’il faut être puriste au point de n’écouter Haydn ou Mozart qu’en formation dix-huitièmiste, il est en revanche indiscutable que de nombreux orchestres plus romantiques ne savent pas interpréter le classicisme, n’en connaissent pas la rigueur et la souplesse et confondent rubato et lyrisme. Bien loin de ces travers, , nous a donné une vraie leçon de classicisme. Leçon renforcée par le choix des instruments, accentuant l’intimité et la précision au service d’une scène allégée et non moins précise. La qualité propre de chaque instrument, la complicité de chaque pupitre, se sont aussi discrètement que brillamment mis au service de Haydn, pour nous en livrer les plus infimes détails.

Quant à la mise en scène appréciée ou contestée, elle respecte l’esprit burlesque de la pièce et de l’époque, n’en déplaise à certains esprits offusqués, bien qu’au fond, tout en cherchant à être actuelle, elle manque d’originalité (cependant ne méritait en rien les sifflets des vieilles dames de la bonne société toulonnaise), mais l’exceptionnelle qualité musicale permettait de largement passer au dessus.

La même production en tournée à Sceaux.

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