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Macbeth de Tcherniakov : réunion de copropriétaires

Les mises en scène «décapantes», marque de l’ère Mortier de l’ONP, ne sont valables qu’avec un propos dramatique sûr et une exécution musicale irréprochable. Ce soir, pour cette production de Macbeth de Verdi, en provenance directe de l’Opéra de Novossibirsk, nous avons eu droit à une transposition hasardeuse, charcutant allègrement la partition.

Macbeth, chez , est un parvenu, un nouveau riche comme la Russie actuelle en compte tant, pantin aux ordres de son épouse. L’immense cadre de scène de Bastille se réduit à un encadrement de fenêtre, assez intelligemment amené par des vidéos type Google Earth / Desperate Housewives au service d’une agence immobilière. Pour son Brindisi, Lady Macbeth se livre à des numéros de magie plutôt que de servir du vin à ses invités. Macduff rassemble le peuple oppressé à l’occasion d’une brocante sur la place principale de la ville. Exit la forêt de Birnam – pourtant le square voisin aurait pu servir. La direction d’acteur est solide, la psychologie des personnages bien dessinée, mais…

Mais le premier rôle dans Macbeth reste le chœur, presque systématiquement hors-scène, donc amplifié depuis les coulisses. A la manière de Desperate Housewives, des rires fusent à chaque réplique, se calant particulièrement mal avec la partition. Toute la grandeur de la tragédie tombe à plat. Cette histoire de rois manque donc singulièrement de majesté. Ce qui n’a pas vraiment gêné le chef d’orchestre, pourtant premier garant de la qualité musicale du spectacle.

Nous pouvons remercier , d’abord de cautionner ce Verdi amplifié, mais aussi de réussir le tour de force de faire jouer faux, trop fort et décalé l’Orchestre de l’ONP. Les cuivres hurlent, aucun accord n’est en place. Pourtant Macbeth est un des opéras les plus finement orchestré de Verdi.

Aussi mal accompagnés, les chanteurs font ce qu’ils peuvent. Le chœur est inaudible, Dimitri Tiliakos n’a pas l’étoffe vocale du rôle-titre, se sort comme elle peut d’une tessiture impossible mais force des aigus saturés, accuse lui aussi le poids des ans, … Seul tire son épingle du jeu, ainsi que l’ensemble des seconds rôles.

De la tragédie shakespearienne il ne reste rien, sauf une réunion de copropriétaires d’un lotissement pour CSP +. De la musique de Verdi, il ne reste rien non plus… Un opéra du néant … mais avec de l’argent public.

Crédit photographique : (Lady Macbeth) ; (Macduff) © Ruth Walz / Opéra National de Paris