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La cantatrice chauve, le lyrique de l’absurde

Créé avec succès en 2006 à Londres, cet opéra d’un compositeur français d’après un chef d’œuvre de la littérature française a du attendre près de trois ans avant de connaître sa création en France. Drame de l’absurde… Un «oubli» autant plus incompréhensible vu la qualité de l’œuvre et de quelle manière le compositeur rehausse un texte qui aurait pu l’écraser.

L’absurde de ce texte fondateur de tout un courant théâtral est rendu par un absurde musical fait de citations et éléments électroniques au service d’un langage résolument contemporain. L’écriture vocale varie selon les personnages, Mr et Mme Smith sont sur des registres tendus et une émission proche du parlando, Mr et Mme Martin sur une expression plus lyrique, Mary et le Capitaine des pompiers restent résolument sur le parodique. L’orchestration, burlesque à l’image de l’œuvre, ne couvre jamais les voix – grâce aussi à un en forme habilement dirigé par Vincent Renaud. La musique de Jean-Philippe Calvin sert admirablement le texte qu’elle ne dénature pas, au contraire. L’électronique, utilisé avec parcimonie, envahit la fin de la pièce en démultipliant les interventions de chaque protagoniste qui se livrent à une véritable guerre des mots.

La mise en scène de est en osmose avec la musique et le texte. Les costumes créent volontairement la confusion entre Mme Smith et Mme Martin, le Capitaine des pompiers devient juge des faiblesses des deux couples dans leurs joutes verbales, et la dernière apparition de Mary, la bonne, est digne d’une revue de music-hall. Le drame de l’absurde se termine sur un pugilat généralisé, tragédie de la non-communication.

Le plateau est fait de jeunes chanteurs encore peu connus – espérons que ça ne durera pas. Eléonore Lemaire et déjouent les pièges de la partition qui fourmille pour elles d’aigus hystériques. campe un très bon Mr Martin, dont le timbre clair colle à la naïveté du personnage. est sans doute la meilleure surprise de cette soirée parmi tous ces talents prometteurs, la voix est sûre, la présence scénique indéniable. On regrettera les parties moindres de Valérie Komar, véritable «bête de scène» et de , deux artistes à réentendre dans des rôles plus conséquents.

La cantatrice chauve de connait en ce moment une heureuse carrière. Dommage que sa seule escale française se soit limitée à 3 représentations. Devant une production de telle qualité, nous sommes en droit d’espérer une reprise.

Crédit photographique : Eléonore Lemaire (Mme Smith) & (Mr Smith) © Enguerrand