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N’est pas Prom’s qui veut

Sur papier, le concert est alléchant : un programme de musique américaine mélangeant raretés et tubes du répertoire, un chef et des solistes spécialistes de ce répertoire. Las, l’ n’est pas le London Symphony Orchestra. Le swing propre à cette musique américaine, qui puise aussi bien chez Ravel, Rachmaninov ou Mahler que dans le jazz, le blues et autres ragtime ou fox-trot n’est pas sous nos latitudes une seconde nature. Ce que avait réussi avec l’orchestre londonien en novembre 2007 à Pleyel ne s’est pas répété ce soir. Certes, l’ensemble ne manquait pas de punch ni d’énergie, les soli instrumentaux n’appelaient aucun reproche (c’est l’ qui jouait tout de même !), mais d’où pouvait venir ce sentiment d’insatisfaction et d’inachevé dans l’interprétation ?

Les deux premières pièces qui ouvraient la soirée, Slava ! a political overture et Three dances from On the Town prouvaient ce manque flagrant de souplesse rythmique – qui n’est pas propre au National mais à presque tous les orchestres français (cf. On the Town au Châtelet en décembre dernier). La suite, avec la Rhapsody in blue, n’allait pas s’arranger. D’abord on peut légitimement s’interroger sur la pertinence d’une version avec deux pianos solistes, ne consistant qu’en une répartition sur deux claviers de la partie originale, à de rares exceptions près. Ensuite les sœurs Labèque en font un véritable tapage musical (quoique…), mimiques démonstratives, grognements et trépignements inclus. Enfin, la mise en place des solistes et de l’orchestre relevait du mariage de la carpe et du lapin… En bis un extrait de West Side Story pour deux pianos, martelé au possible.

Point de répit sur la suite du concert. A l’inverse du souhait de Copland (précisé en première page de la partition), l’effectif de cordes du Concerto pour clarinette fut loin d’être chambriste. Rien n’est plus délicat que de caler tout ce petit monde dans le second mouvement… Malgré une énergie évidente, les sonorités sont aigres, les décalages fusent. Reste Patrick Messina, excellent soliste, à la sonorité homogène, qui connaît son concerto sur le bout des doigts.

Achèvement final avec cette saugrenue suite orchestrale d’après Candide commise par Charlie Harmon, ancien assistant de Bernstein. Certes, la comic operetta d’après Voltaire a été bien tripatouillée depuis sa création. L’Orchestre National de France est désespérément raide, peu en place dès l’ouverture, et le tout sans grande finesse. En bis, le Mambo de West Side Story était prévisible, tout comme le chef prenant à partie le public pour applaudir (à peu près) en rythme et hurler «mambo» avec l’orchestre. Du «zim-boum-boum» bien sonore, des décibels pleins les oreilles, le public en a redemandé…

Le plaisir de jouer (et d’entendre) cette musique était manifeste. Mais un tel programme, très exigeant, aurait mérité une plus grande préparation, Bernstein, Gershwin et Copland n’étant pas le pain quotidien de nos musiciens. Ici on a voulu masquer sous des atours de «concert populaire» à la manière des Prom’s londoniens ou de la Waldbühne de Berlin un classique concert d’abonnement. Avec les tarifs d’un concert d’abonnement…

Crédit photographique :  © COCO Visionary underground