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En attendant le départ pour Reims

Il viaggio a Reims

Étrange ouvrage que cet opéra de Rossini, à la musique fine et pétillante de bout en bout (en grande partie un recyclage du Comte Ory…), mais qui, en fait, ne montre et ne raconte pratiquement rien… L’intrigue, on s’en souvient, est quasiment inexistante, et le fil dramatique – si toutefois il y en a un – repose sur ce départ pour Reims dont il est sans cesse question, mais qui se voit constamment empêché – suite à chaque fois à coup de théâtre pour le moins improbable… – pour être finalement purement et simplement annulé ! Un étonnant mélange de «théâtre dans le théâtre» et de «théâtre de l’absurde» avant l’heure qui, finalement, est surtout prétexte à une succession hilarante d’épisodes déconnectés et plus «décalés» les uns que les autres, à une suite fortuite d’échanges entre des personnages de nationalités diverses, issus qui plus est des couches de la société les plus variées, et qui se croisent sans véritablement se rencontrer dans ce décor à la fois intime et anonyme que constitue, dans le texte original, l’auberge du «Lys d’Or» de Plombières.

Dans la mise en scène de Nicolas Berloffa, l’hôtel du «Lys d’Or» (un hommage à peine appuyé, dans l’original au contexte politique et monarchique du moment…) est remplacé par un luxueux établissement de bains dans lequel maîtres oisifs et valets affairés évoluent au gré de leurs fantaisies ou de leurs devoirs. Ce décor central donne lieu à une suite de très jolis tableaux, quoique tous parfaitement incongrus, et parmi lesquels on retiendra la salle de massage où Belfiore courtise Corinna, ou encore celui, inénarrable, au cours duquel Lord Sydney subit les assiduités des curistes lassées de pratiquer le vélo de chambre. La mise en scène, dans sa déconstruction des conventions du genre, cultive l’auto-parodie mais sans jamais aller jusqu’à l’excès…

Le parti pris de la «mise en abyme» et de la réflexion sur le genre de l’opéra est également joué à fond par la plupart des chanteurs, qui eux aussi caricaturent mais sans jamais se départir des règles du bon goût, les recettes du bel canto italien. À ce titre, on retiendra tout particulièrement la magnifique prestation du jeune ténor russe – deuxième prix du concours Galina Vichnevskaia 2006, et à ce titre particulièrement à sa place dans le rôle du Russe Libenskof… –, qui semble maîtriser tous les pièges et toutes les difficultés du chant rossinien. Les sopranos Yu Ree Yang et jouent également à fond le jeu du second degré, mais leur chant n’est pas toujours dénué de stridences. Dans l’ensemble, la distribution est d’un niveau plutôt homogène, le seul point faible étant la Marchesa Melibea de la mezzo-soprano Patricia Fernandez. Une mention spéciale, néanmoins, pour l’attachante Madame Cortese d’, ainsi que pour le baryton , pour les basses Istvan Kovacs et Marco Di Sapia ainsi que pour le ténor , au jeu très crédible dans la scène de la séduction de Corinna.

Les chœurs de l’Opéra de Metz-Métropole, en grande forme, ont manifestement pris beaucoup de plaisir à se prêter à cette mise en scène, et on louera également la belle prestation de l’, efficacement dirigé par Luciano Acoccella.

À cette production née à l’initiative du Centre Français de Promotion Lyrique, destinée à être vue dans seize maisons françaises d’opéra, ainsi qu’à Szeged en Hongrie, on ne peut s’empêcher de souhaiter un «très bon voyage»…

Lire aussi : cette production du Viaggio a Reims à Avignon et à Tours.

Crédit photographique : © Alain Julien