Une screwball-comédie des années 30

La Scène, Opéra, Opéras

Avignon . Opéra-théâtre. 28-X-2008. Gioachino Rossini (1792-1868) : Il Viaggio a Reims, dramma giocoso en un acte sur un livret de Luigi Balocchi. Mise en scène : Nicola Berloffa. Décors et costumes : Guia Buzzi. Lumière : Valerio Tiberi. Avec : Hye Myung Kang, Corinna ; Kleopatra Papatheologou, Marchesa Melibea ; Elena Gorshunova, Contessa di Folleville ; Oxana Shilova, Madama Cortese ; Ekaterina Metlova, Maddalena ; Céline Kot, Delia ; Rany Bœchat, Modestina. Alexey Kudrya, Conte di Libenskof ; James Elliott, Cavaliere Belfiore ; Istvan Kovacs, Lord Sidney ; Gerardo Garciacano, Don Profondo ; Vladimir Stojanovic, Barone di Trombonok ; Armando Noguera, Don Alvaro ; Patrick Bolleire, Don Prudenzio ; Jean-Christophe Born, Don Luigino ; Yann Toussaint, Antonio ; Baltazar Zuniga, Zefirino ; Romain Pascal, Gelsomino. Chœur de l’Opéra-théâtre d’Avignon et des Pays de Vaucluse (chef de chœur : Aurore Marchand), Orchestre Lyrique de Région Avignon Provence, direction : Luciano Acoccella.

Il viaggio a Reims

«Le choix d’un tel ouvrage était un peu fou», affirme . Et c’est cette folie qui a soulevé l’adhésion de centaines de participants, à des titres divers, avant de devenir une réussite triomphale sur scène, à Reims bien évidemment puis à Vichy et maintenant à Avignon.

Il y a trois ans, le Centre Français de Promotion Lyrique avait en effet imaginé de monter un grand projet, de spectacle vivant et de voix nouvelles, autour d’une œuvre rarement proposée et offrant une très large palette de voix. Il a réuni pour cela une co-production de 16 maisons d’opéra françaises, et une maison amie de Hongrie, avec des partenariats de qualité. Il a auditionné presque 500 chanteurs de toutes tessitures pour sélectionner deux équipes de 17 rôles chacune ; il a examiné 52 propositions de réalisation dans le cadre d’un appel à projet international. Le résultat est jeune, enthousiaste, pétillant, allègrement mené.

Sur scène et dans la salle, nul temps mort pendant les presque trois heures de cet opéra… qui n’avait été joué que 3 fois lors de sa création – peu glorieuse -, puis oublié jusqu’en 1980 ! Et de surcroît un opéra pendant lequel il ne se passe rien, sinon l’attente vaine, dans un hôtel, d’un voyage qui ne se fera pas.

, le jeune metteur en scène italien, s’est visiblement régalé à donner drôlerie, finesse et brio à une intrigue inconsistante (les préparatifs du voyage) et un sujet de circonstance (le couronnement de Charles X). Il a installé tous ses personnages – une palette de l’Europe avant la lettre – dans l’hôtel chic d’une ville d’eau, Plombières, et dans une ambiance «screwball-comédie des années 30». Le résultat ne manque pas de sel et de tonus, ingénieux dans les détails et parfaitement homogène dans le ton. La costumière, italienne aussi, a joliment enveloppé de taffetas, satins, tulles, organdis et autres plumes et fanfreluches, des artistes dont la jeunesse ne rendait pourtant pas encore nécessaires ces multiples artifices.

Les voix ont toujours été accompagnées et mises en beauté par l’orchestre d’Avignon (l’Olrap, avec une douzaine de supplémentaires), que a dirigé à travers toutes les nuances d’un large registre, de soutenu à léger, de vivace à delicato. Les voix ? Ne pouvant saluer tous les rôles, on s’autorise de réels coups de cœur. Le premier pour la voix et le charisme d’, mutine et malicieuse à souhait ; ensuite pour le ténor russe et Gerardo Garciacano en Don Profondo. En revanche nous avons moins apprécié Kleopatra Papatheologou, pourtant techniquement excellente, et , pourtant très bon comédien. Quant à , en tête de distribution (dans le rôle de la danseuse Corinne), lumineuse et comme éthérée dans ses robes et tutus immaculés, elle a été longuement applaudie ; mais, hors des minauderies de son personnage et de la clarté de sa voix, nous ne l’imaginons guère dans des rôles plus consistants….

Par ailleurs ce spectacle était l’objet – comme le sera en mars La Clémence de Titus – d’un système spécial à destination du public mal-voyant. «Luciano Acoccella entre et salue le public. Le rideau se lève. Sur le mur du fond de scène, deux portes…». Ce dispositif d’audio-description a été élaboré par Accès-Culture, avec le soutien du Ministère de la Culture et de la Communication et de la Fondation Orange, avec la participation de France 3, France Musique et Concertclassic.

Quelques indications sur la mise en scène, sur les décors, sur le texte (un résumé succinct et pertinent des sur-titrages) sont diffusées dans les écouteurs pendant les récitatifs, pilotées en temps réel d’une cabine par le technicien Frédéric Ledu, puisque le spectacle vivant ne se plie pas à un topage pré-établi ; l’imagination fait le reste, et le charme de la musique opère… L’ensemble prend alors corps et forme pour ces spectateurs, presque au même titre que pour les voyants. La veille de la représentation, le groupe, dont les membres appartiennent à l’association Valentin Hauÿ, avait palpé taffetas, organdis, tulles et autres plumes et fanfreluches, satins et velours, manteaux et chapeaux, que les artistes allaient porter sur scène. Pour que l’opéra, comme théâtre et cinéma, soit enfin accessible à tous…

Crédit photographique : © Alain Julien

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