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The Song d’Anne Teresa De Keersmaeker : Silence radical

Encore plus radicale que par le passé, met en jeu une poignée de danseurs à la présence fascinante, dans un espace ultra dépouillé signé des artistes et .

On croit quelques instants d’abord à une pièce entièrement masculine. Un comble pour celle dont la compagnie ne compta que des danseuses à ses débuts et pendant plusieurs années… Un, puis deux, puis trois danseurs, et enfin une danseuse, sont mis en jeu dans un espace ultra dépouillé (tapis de danse gris, immense dais argenté) avec une présence brute, intacte. Et quels danseurs ! Jean, tee-shirts et baskets, rien ne les distingue de l’homme de la rue que l’on trouve dans les quartiers bobos de Paris, Londres ou Berlin. Leur physique étonne – détonne -, du modèle filiforme au faune barbu et dégarni tout droit sorti du duo « La Chanson du Dimanche » ou de la maison des sept nains dans Blanche-Neige !

À l’avant-scène, en bordure de plateau, on note la présence encore plus insolite d’une bruiteuse, qui traduit en sons tous les gestes des danseurs, solo après solo, comme le ferait un interprète de la langue des signes. Un travail physique et attentif qui dessine au spectacle son unique illustration sonore. Ce dispositif austère, mais passionnant, exige du spectateur qu’il soit concentré à l’extrême. L’insupportable grincement des sièges que l’on replie pour s’éclipser trouble cette concentration. Les spectateurs, impatients, ne peuvent se résoudre au silence et au seul son produit par les corps sur le tapis de danse. Dans ce son, pourtant, il y a une musicalité, une harmonie, reflet de l’intensité pure et joyeuse de la danse.

The Song, c’est cette chanson folk interprétée à la guitare au mitan du spectacle – récréation musicale incongrue jusqu’à la spectaculaire chute du dais argenté des cintres. Même s’il est très signifiant (explosion de musique rock, apaisement et retour aux solos bruitistes) le dernier quart d’heure du spectacle est de trop. Sur la longueur, la radicalité aussi peut s’essouffler…

Crédit photographique : © Herman Sorgeloos