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Le laboratoire sonore de Philippe Manoury

C’est une immersion dans l’univers de que nous propose ce superbe enregistrement monographique qui nous fait mieux approcher cette pensée singulière travaillant à l’organicité de la matière sonore. Fragments pour un portrait (1998) fait référence à la démarche de Francis Bacon dans ses différentes « approches » du portrait d’Innocent X de Velásquez. Ces sept « Fragments », portant des titres, s’individualisent donc autant qu’ils participent d’une totalité : « C’est à ce paradoxe formel que je me suis attaqué » confie le compositeur. Cette œuvre magistrale mobilisant trois groupes d’instruments différents est aussi une somme en matière d’écriture orchestrale, « le livre d’heures de l’art de l’orchestration » selon Martin Kaltenecker rédigeant une notice de présentation très détaillée. On y ressent la puissance du geste compositionnel (Choral, Totem) engageant des déploiements sonores virtuoses (Ombres) et la frénésie du traitement d’un matériau éprouvé dans toutes ses potentialités (Vagues paradoxales). Plus encore que Debussy et les « couleurs spéciales » de ses Nocturnes, c’est Charles Ives (The unanswered question) qu’évoque Nuit (avec turbulences) dont la trame étale des cordes étirant le temps à l’infini laisse advenir en surimpression une multitude d’événements ponctuels autant que perturbants. Les couleurs déployées par l’ et la vision formelle qu’en dégage porte la partition à la hauteur du chef d’œuvre.

Plus récemment écrite (2006), Partita I pour alto et électronique s’inscrit dans le cadre des recherches menées par à l’IRCAM sur les effets interactifs entre un soliste et la machine grâce au système de suivi de partition. Rien d’étonnant à ce que l’œuvre soit dédiée à cet instrumentiste-chercheur qu’est dont on perçoit, à l’écoute des neuf sections de la partition, l’engagement du geste, totalement investi et dictant les réactions en chaîne de l’électronique. S’il se dégage, durant les quarante minutes de cette investigation sonore obstinée une certaine véhémence, l’espace s’ouvre plus poétiquement dans la dernière section traversée d’un véritable souffle cosmique.

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