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Richard III de Giorgio Battistelli, dans l’arène sanglante

Dans le cadre du Festival Musica 2009, l’Opéra du Rhin donnait en création française l’ouvrage lyrique de , Richard III, créé à Anvers en 2005 et sous-titré, à la manière de Monteverdi, dramma per musica : un projet ambitieux (le premier ouvrage lyrique directement inspiré de la pièce de Shakespeare!) qui se donne tous les moyens de sa réussite.

Puisant au chef d’œuvre du théâtre élisabéthain dont il conserve bien sûr la langue originelle, le librettiste Ian Burton, féru de culture anglaise, procède à une refonte efficace de l’ouvrage original. S’il choisit de citer Shakespeare dans les moments clefs de l’œuvre, il «simplifie, modernise et restructure» un texte dont les 2/3 sont écartés, taillant sur mesure et imaginant même certaines scènes au profit des chœurs (intervenant le plus souvent en latin comme une sorte de chœur antique) et des chanteurs.

Familier de la scène lyrique (on compte une vingtaine d’opéras à son actif ! Dont Divorce à l’italienne, créé à Nancy en 2008)), le compositeur italien épouse strictement les conventions du genre, adoptant un style vocal toujours proche de la déclamation parfois relayée par le parler théâtral. L’orchestre très actif (il surligne souvent la courbe vocale) fait surgir de la fosse des salves de cuivres très sombres rehaussés d’un pupitre important de percussions. Dirigeant sa propre phalange symphonique (celle de Mulhouse), est d’une efficacité étonnante, mettant en relief de somptueux intermèdes orchestraux.

Pour mettre en scène l’histoire du dernier roi de la lignée des Plantagenêt, conçoit un décor unique, celui d’une arène de cirque dans laquelle s’exerce la mégalomanie meurtrière de ce personnage à l’ironie grinçante. Au sol, du sable rouge figure toute à la fois la fluidité du temps (au fil des personnages qui trépassent) et celle du sang des victimes. Pelles et brouettes charriant les corps sont les seuls attributs du décor avec la couronne, copie exacte de la couronne d’Angleterre et unique objet de fascination pour Richard.

Dans le rôle-titre, le baryton américain prête admirablement son timbre sombre et pénétrant au personnage machiavélique et réalise une performance scénique époustouflante. Parmi les nombreux personnages aux visages blafards qui gravitent autour de lui, la mezzo-soprano (duchesse d’York) s’impose par l’autorité de son timbre dans la superbe scène où elle renie son fils ; le trio des Dames (Anne/Lisa Houben, Elisabeth/Lisa Griffith et la duchesse/) est un des moments forts de la dramaturgie musicale tout comme la scène des spectres de la fin du deuxième acte. La lumière, enfin, que dit avoir réglé «suivant les pensées de Richard» contribue pleinement à la réussite de ce spectacle fascinant.

Crédit photographique : (Richard III) © Alain Kaiser