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Création mondiale de Richard III de Giorgio Battistelli : Haut et fort

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Gand. Vlaamse Opera. 20-II-2005. Giorgio Battistelli (né en 1953) : Richard III, dramma per musica en deux actes sur un livret de Ian Burton d’après William Shakespeare. Mise en scène : Robert Carsen. Décors : Radu Boruzescu. Costumes : Miruna Boruzescu. Lumières : Robert Carsen et Peter Van Praet. Avec : Scott Hendricks, Richard III ; Lisa Houben, Lady Anne ; Lynne Dawson, Queen Elizabeth ; Anne Mason, Duchess of York ; Urban Malmberg, Buckingham ; Philip Sheffield, Edward IV ; Timothy Simpson, Richmond ; Mark Tevis, Clarence ; Russell Smythe, Hastings ; Marc Claesen, Murderer/Archbishop ; Henk van Heijnsbergen, Murderer/Mayor ; Frans Fiselier, Catesby/Rivers ; Simon Kirkbride, Ratcliffe/Brackenbury ; Patrick Cromheeke, Lovell ; Jonathan De Ceuster, Prince Edward ; Michael Lamiroy, Prince Richard of York. Chœur du Vlaamse Opera (chef de chœur : Kurt Bikkembergs), orchestre du Vlaamse Opera, direction : Luca Pfaff

Petits plats dans les grands au Vlaamse Opera qui accueille la création mondiale de Richard III du compositeur italien . Un projet qui témoigne de l’ouverture d’esprit de la maison flamande qui programme des créations belges d’œuvres importantes (Le Grand macabre de György Ligeti, Flight de Jonathan Dove) ou des chefs d’œuvres rarement joués comme Ariane et Barbe bleue de Paul Dukas!

Né en 1953, Battistelli est une figure singulière, éclectique et indépendante de la scène musicale. Il voue à l’opéra un grand intérêt dont témoignent ses trois premiers ouvrages aux sujets inusités : Prova d’orchestra, d’après le film de Fellini, Impressions d’Afrique tiré de l’ouvrage de Raymond Roussel et le récentAuf den Marmor Klippen qui propose une réflexion sur les rapports entre la musique et le théâtre. Compositeur en résidence à Anvers et Gand, ce diable d’homme s’est attelé à Richard III, l’une des moins musicalement médiatiques des pièces de William Shakespeare. Le défi ne manque pas de panache car rares sont les compositeurs qui osent se frotter à un tel auteur et surtout à un sujet si « historique » ; sans oublier que Battistelli peut contempler avec frayeur la liste des compositeurs italiens du XIXe siècle fascinés par Shakespeare. Avec le dramaturge britannique Ian Burton, le compositeur a retravaillé la pièce tout en conservant les vers originaux. Certains aspects ont été évacués pour centrer l’opéra sur le personnage de Richard III et ses meurtres en série (frères, neveux, conseillers…) au profit de sa seule ambition. L’action, resserrée sur deux actes, est structurée autour de trois scènes de couronnement : le frêle Edouard IV, l’odieux Richard III et son bourreau Henry VII. Les deux hommes optent pour un cadre élastique qui permet la réalisation des différentes possibilités de l’expression musicale : arias, duos, trios, scène de bataille, d’apparitions de fantômes, scènes de cour, messes de requiem…

Le défi est fabuleusement relevé, Richard III s’impose comme l’une des plus intéressantes créations musicales actuelles. Tout au long des deux heures quarante de l’œuvre, le spectateur est happé par la tension qui règne sur scène. Le langage musical de Battistelli, fort personnel, est au service du sujet : le ton est tendu à l’extrême et les sonorités ténébreuses sont déployées par un orchestre renforcé d’un large pupitre de percussions. L’écriture vocale rejette tout artifice pour se mettre au service du drame : l’ensemble rendant à merveille les différentes émotions de la pièce.

La vaste distribution anglophone, rompue à la musique contemporaine, sert le spectacle tant au point de vue musical que de l’engagement scénique. Dans l’écrasant et omniprésent rôle titre, le baryton américain fait très forte impression. La prestation dramatique est exceptionnelle et il réussit à rendre les différentes facettes du manipulateur à travers ses numéros de charmes, ses colères ou ses explosions de joies. Mention très bien pour la reine Elisabeth de , la lady Anne de Lisa Houben, le Clarence de Mark Tevis, et le prince Edward du jeune contre ténor belge Jonathan de Ceuster. Sous la direction de l’orchestre et les chœurs de la maison sont en grande forme en dépit de l’éternelle sécheresse acoustique de l’opéra gantois.

Particulièrement apprécié sur l’une des scènes de ses débuts, le Canadien , concepteur de cycles Janacek et Puccini de haute volée, est au diapason. Sa direction d’acteurs est efficace et directe. L’action est replongée dans une uniforme ère industrielle avec ses costumes, ses pardessus sombres et ses chapeaux melons. Le décor unique se compose d’un demi-chapiteau en gradins d’un cirque et l’action se déroule sur une surface de sable qui selon les éclairages varie du rose pâle au rouge sang.

Bilan très favorable pour une œuvre dont le rôle titre devrait attirer les barytons et l’on souhaite de nombreuses reprises à cette partition. Selon une information du quotidien Het Nieuwsblad, Richard III devrait être programmé à l’Opéra National de Paris.

Credit photographique : © 2004-2005 Vlaamse Opera.

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Gand. Vlaamse Opera. 20-II-2005. Giorgio Battistelli (né en 1953) : Richard III, dramma per musica en deux actes sur un livret de Ian Burton d’après William Shakespeare. Mise en scène : Robert Carsen. Décors : Radu Boruzescu. Costumes : Miruna Boruzescu. Lumières : Robert Carsen et Peter Van Praet. Avec : Scott Hendricks, Richard III ; Lisa Houben, Lady Anne ; Lynne Dawson, Queen Elizabeth ; Anne Mason, Duchess of York ; Urban Malmberg, Buckingham ; Philip Sheffield, Edward IV ; Timothy Simpson, Richmond ; Mark Tevis, Clarence ; Russell Smythe, Hastings ; Marc Claesen, Murderer/Archbishop ; Henk van Heijnsbergen, Murderer/Mayor ; Frans Fiselier, Catesby/Rivers ; Simon Kirkbride, Ratcliffe/Brackenbury ; Patrick Cromheeke, Lovell ; Jonathan De Ceuster, Prince Edward ; Michael Lamiroy, Prince Richard of York. Chœur du Vlaamse Opera (chef de chœur : Kurt Bikkembergs), orchestre du Vlaamse Opera, direction : Luca Pfaff

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