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Marcelo Álvarez s’immerge chez Verdi

Alors que Renée Fleming enregistrait son superbe album d’airs véristes, les mêmes studios, le même orchestre recevaient le ténor argentin  invité à graver son premier disque pour Decca.

Une belle retrouvaille après une éclipse discographique de près de cinq ans chez Sony. malheureusement quelque peu éclipsé par les vedettes que sont Rolando Villazón, Jonas Kaufmann n’est pourtant pas un inconnu au bataillon des ténors. À quarante-sept ans, ayant déjà chanté sur les scènes lyriques du monde entier, chargé de son récent formidable succès dans Adriana Lecouvreur à l’opéra de Turin, la question se posait inévitablement sur l’absence relative d’enregistrements de cet artiste. Avec ce nouvel album, voilà le mal réparé. En pleine forme vocale, il propose un florilège des airs de ténor les plus fameux de Verdi. Les plus fameux, donc les plus chantés. Ceux qu’il est plus facile de comparer et partant, de critiquer. Un risque non négligeable que le ténor argentin relève avec crânerie et talent. Après s’être frotté aux œuvres de ténor lyrique, comme pour se préparer à la consécration verdienne, il s’immerge chez Verdi avec un bagage vocal fait de l’intelligence de la tradition.

Une tradition comparable aux grandes figures de ténors verdiens d’un passé récent. En écoutant Marcelo Álvarez, on ne peut s’empêcher de penser avec émotion aux Carlo Bergonzi, aux Giuseppe di Stefano. Au premier pour le phrasé au legato superbe du ténor argentin et au second pour la générosité interprétative. Se moulant dans la tradition du chant verdien, Marcelo Álvarez offre un disque irréprochable de générosité vocale. La voix, sa voix, est belle. Chaude et sensuelle dans «O tu che in seno» dans La Forza del Destino, elle se fait conquérante et éclatante dans son «Di quella pira» d’Il Trovatore.

Plus frappant, plus insolite, son «Niun me tema» d’Otello qui conclut cet album. Ouvrant l’air avec une voix barytonale magnifique, son interprétation du personnage est totalement bouleversante. Chaque phrase de cet ultime adieu du Maure à la vie est ressentie avec une sensibilité extraordinaire. Voit-on enfin émerger le nouvel Otello que le monde lyrique attend en vain depuis Placido Domingo ?

Fasciné par le talent et la générosité de Marcelo Álvarez, comme il l’avait été par la voix somptueuse de Renée Fleming, l’Orchestre Symphonique de Milan a probablement vécu un moment magique pendant ces jours d’enregistrement, car il offre ici une prestation en tous points sensible et superbe. La baguette de l’expérimenté n’est certainement pas étrangère à la beauté finale de cet album.

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