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Szell et Kubelík, deux chefs légendaires au début de leur carrière

Ce disque de l’excellent label anglais Avid est essentiel, et cela pour deux raisons au moins : il permet de découvrir deux chefs légendaires à l’aube de leur carrière discographique, tout en complétant admirablement la trilogie des CDs Opus Kura consacrés à la Philharmonie Tchèque sous la direction du chef qui l’a véritablement façonnée, Václav Talich. On sait que lors de ses tournées à Londres dans les années 30, ce dernier a notamment gravé les Symphonies n°6, n°7 et n°8 d’, mais curieusement n’a pas confié au disque de cette époque la célébrissime Symphonie n°9 «du Nouveau Monde».

Toutefois, lors de ces tournées en Angleterre, étaient également présents le tout jeune collègue tchèque de Talich, (1914-1996) dont on connaît la brillante future carrière internationale, ainsi que le chef d’origine hongroise (1897-1970) qui allait bientôt prendre en main les destinées de l’Orchestre de Cleveland avec la poigne de fer qui lui est légendaire. Si Kubelík amena au triomphe la Symphonie du Nouveau Monde auprès du public anglais, ce fut néanmoins qui la grava sur disque aux studios HMV d’Abbey Road à Londres le 30 octobre 1937, laissant à Kubelík le soin d’enregistrer les deux poèmes symphoniques les plus populaires du cycle Má Vlast (Ma Patrie) de . Probablement le choix de Szell par EMI pour l’œuvre de Dvořák fut dicté par l’excellence et le succès de sa gravure du Concerto pour violoncelle qu’il avait accomplie avec Pablo Casals à Prague quelques mois auparavant, le 28 avril 1937.

Contrairement à George Szell qui allait devenir directeur musical de l’Orchestre de Cleveland de 1946 à 1970, Kubelík ne délaissa pas la Philharmonie Tchèque, puisqu’il en fut le chef principal de 1942 à 1948, assurant de la sorte la transition entre Václav Talich d’une part, et Karel Šejna et Karel Ančerl de l’autre.

L’audition de ces vénérables et précieuses gravures est déjà révélatrice des qualités qui allait bientôt rendre les deux chefs incontournables dans le monde musical. Chez George Szell, et annonçant déjà ses deux versions Cleveland de janvier 1952 et mars 1959, on perçoit l’exigence et la maîtrise autoritaires, la précision et la netteté du geste, le refus intransigeant de toute sentimentalité, ce qui convient à merveille à la nervosité des mouvements rapides de la Nouveau Monde, parfaitement mis en place, mais fait parfois un peu regretter cette poésie que pouvait exprimer dans le Largo ; et c’est précisément cette poésie qui fait tout le charme de La Moldau et Par les Prés et les Bois de Bohème, pages dans lesquelles, aidé par un orchestre d’élite, Kubelík chante vraiment une œuvre emblématique qu’il aura porté dans son cœur toute sa vie durant : on peut compter pas moins d’une douzaine d’interprétations disponibles (studio ou en concert) du cycle intégral Ma Patrie, et en les écoutant, on ne peut se faire à l’idée qu’il y a déjà treize années que ce grand musicien (également compositeur de qualité) nous a quittés…

Nous avons été particulièrement séduits par la haute qualité des transferts qui nous sont proposés par ce label anglais : réalisés avec goût et un bel équilibre sonore par l’excellent ingénieur du son David Wright, une très légère spatialisation ajoutée ne dénature en rien le message musical, mais au contraire lui apporte une sorte de transparence supplémentaire absolument bienvenue. Si de plus les raccords de faces sont parfaitement inaudibles, on conviendra que le résultat est une grande réussite, une de plus du label Avid.