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Où en est-on avec le « style » Noureev ?

Casse-Noisette

Une reprise, pour les fêtes, d’un ballet qui ravit le néophyte ne doit pas faire oublier l’importance pour une compagnie internationale qu’elle a à défendre sa grandeur. Cela se traduit aussi bien par les Étoiles qui la composent que le corps de ballet qui soutient la trame du ballet. En ce qui concerne ce dernier, pour une Première, il est surprenant de constater que tout est très en place, et que cela ne pourrait que s’engager vers des améliorations de finesse et détail au cours de la série. Cependant, cela manque encore un peu de fluidité, les difficultés de la chorégraphie rendant incertains les éléments un peu chaotiques, et l’on ne peut que s’interroger sur les intentions véritables de Noureev quand il composa sa chorégraphie.

Mlle Gilbert est, on ne s’en étonnera guère, éblouissante. Elle conserve une technique à toute épreuve, et à pousser un peu la réflexion, on trouverait que Noureev aurait pu composer pour elle uniquement cette accumulation exotique de pas qui n’en finissent plus dans leurs contradictions et leur permanente conceptualisation cérébrale alambiquée. Elle maîtrise n’importe quelle situation comme bien peu et avec une énergie dévorante, même s’il n’y a plus cette insouciance insolente des débuts ; en revanche, même si l’aspect dramatique de Clara peut sembler peu évident aux premiers abords, on reste un peu sur sa faim quant à une réelle composition de jeu de scène ; en suivant la danseuse au cours d’une saison, on a tout de même l’impression qu’elle utilise toutes les expressions qu’elle connaît dans tous les ballets qu’elle danse, et en-dehors des variations, l’intérêt diminue bien vite.

Le cas de est tout autre. Non pas que sa danse puisse à quelconque moment souffrir de scories, il se même défend fort bien et avec aplomb ; ce qui trouble est le partenariat avec Mlle Gilbert, qui reste techniquement très honorable, mais laisse apparaître comme un débat d’école. Il respire la musique de manière plus lente que sa consœur, et a tendance à promouvoir un alanguissement mélancolique, alors que Mlle Gilbert est d’un pragmatisme déconcertant. Là où l’une éblouit par une puissance virile, l’autre ouvre la porte lunaire de l’au-delà.

et sont très corrects, sans toutefois être tout à fait enthousiasmants. Mlle Froustey, délicieuse dans la Pastorale, est également à son avantage en flocon, même si elle est bizarrement assortie à Mlle Hurel, égale à elle-même.

On ne blâmera pas Kevin Rhodes, car il a déjà rendu bien des services pour la danse, mais plutôt l’, qui pour une fois qu’il avait une partition à jouer, s’est plutôt convaincu qu’il s’agissait là de Minkus, et a massacré sans grâce Tchaïkovski.

Crédit photographique : et © Julien Benhamou / Opéra National de Paris