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Il Trittico à La Scala par Riccardo Chailly

Présentée, en 2008, lors des festivités des 150 ans de la naissance de Puccini, cette production milanaise du rare Il Trittico, propose du travail de grande qualité au service d’une œuvre qui souffre encore d’une sous représentation, sur les scènes lyriques mondiales.

L’approche de l’expérimenté Luca Ronconi est soucieuse de trouver un sens commun à ces trois partitions. L’homme de théâtre retient l’idée d’une descente progressive des personnages vers l’enfer d’où sa volonté de représenter sur scène un décor incliné ! Par ailleurs, chaque partition est associée à une couleur : le noir pour la tragédie d’Il Tabarro, le blanc pour la religiosité de Suor Angelica et le rouge pour l’attrait du vice et de la manipulation de Gianni Schicchi. Si la direction d’acteur est précise et juste, les décors et les costumes, très réalistes pêchent par une naïveté assez excessive à l’image du Suor Angelica qui est, en terme de scénographie, inférieur aux deux autres épisodes de la trilogie. Tout cela s’avère foncièrement littéral, parfois trop soucieux du respect des livrets, mais au moins, cette solide production permet à l’auditeur de se concentrer sur la musique.

est forcément à son aise dans cette musique. Le chef Italien exclut les côtés brillants et virtuoses de l’écriture (on a connu des baguettes plus spectaculaires et incisives comme celles de Maazel et Pappano) pour insister sur la logique d’une science de l’orchestration que peu de compositeurs ont égalé. Sa direction vise plus à ciseler la dentelle orchestrale qu’à imposer une tension dramatique noire et dense. On sent qu’il faudrait parfois un chouias de peps mais cette optique permet à l’orchestre de La Scala de Milan de libérer ses plus belles couleurs.

Côté chant, la distribution, alterne de solides routiers et des jeunes voix. Il est certes possible de trouver individuellement plus pertinent, mais la cohésion et l’expérience de ces chanteurs emportent l’adhésion. Même si les voix de et ne sont pas aussi éclatantes qu’auparavant, la musicalité et la connaissance de ces rôles rendent leurs prestations passionnantes. et , en dépit de quelques limites d’amplitude vocale, offrent des incarnations convaincantes.

En bonus (sous titré !), l’équipe de réalisation offre un documentaire intéressant avec des entretiens avec l’équipe de production. La captation, réalisation de la RAI, est assez scolaire. Cela étant, la solidité de la vision du metteur en scène, l’intelligence musicale du chef et la probité des chanteurs nous amène à recommander ce double DVD qui surpasse facilement l’autre version du triptyque disponible chez TDK et il est fort probable qu’on ne trouvera pas mieux avant des lustres.

 

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