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Götterdämmerung à Los Angeles : merci, Achim Freyer !

Après avoir longuement cherché à coller une quelconque relecture sur ce Crépuscule qui participe d’un nouveau Ring que Los Angeles inaugure en mai, on ne peut finalement qu’y déceler l’élucubration bien outrancière, plus ou moins bien agencée, d’un potache () en mal de bouffonneries, et/ou un exercice incongru, forcé, dada – comme le fut Dali, et/ou une opération d’agit-prop à laquelle collabore alors inconsciemment le spectateur. Toute autre tentative d’explication, qu’elle soit pseudo-analytique, néo-marxisante et/ou déconstructioniste, relèverait d’un total délire intellectuel. Quelques superbes scènes visuellement cinglantes, faites de couleurs crues et violemment contrastées, tiennent de l’exercice de style, gratuit, dérisoire, mais plaisent à l’œil. Et puis !… et puis il y a Siegfried, ado boutonneux, à la crinière d’un jaune violent, au corps bleui tel celui d’un Spiderman ou d’un Batman, uniquement préoccupé de ses deux ou trois biceps (en une gestuelle que ne renierait sans doute pas Arnold Schwarzenneger). Et puis il y a Gutrune, poupée blondinette aux adorables tresses teutonnes ; Hagen, nain irascible et haineux ; Brünnhilde, à l’énorme perruque baroquisante, aux énormes mamelles flageolantes. Tous les protagonistes de ce drame (?) portent masque. Jamais on ne verra leur visage. Tous trimbalent sur scène, bien maladroitement il faut l’avouer (pauvres solistes !), leur double de carton-pâte. Et puis il y a enfin tous ces objets de l’univers wagnérien, suspendus dans les airs, et qui, bringuebalants, gravitent de droite et de gauche, comme autant de symboles plus ou moins pertinents. Au jeu, toujours un peu stupide il est vrai, des clins d’œil et des citations, Freyer exploite jusqu’à l’os, en électron libre, quelques classiques de la culture locale qu’il nous faut alors débusquer sans scrupules, empruntés au dessin animé, au Magicien d’Oz, à la Guerre des Etoiles etc… etc…

On aurait facilement (peut-être… ) pardonné à Freyer ces gratuités, ces platitudes, ces incongruités si le plateau avait su ou pu, par une splendeur vocale systématique, nous les faire oublier. Hélas ! La Brünnhilde de , à la voix claire et souvent émouvante dans le lyrisme, ne possède ni l’abattage ni la vaillance du rôle. La voix de John Treleaven qui scéniquement parvient à assimiler les formules, les manies, le caractère de Siegfried, possède, elle, un certain punch, mais reste bien courte, de peu d’envergure. Un timbre sonore, ferme, mordant, un jeu efficace et corrosif, évoquent un Hagen (Eric Halfvarson)… surhumain. traduit, lui, en tous points, les fourberies, les caprices, d’un Gunther opportuniste et parasitaire. N’oublions ni , ni Lauren McNeese, ni Ronnita Miller, ni nos trois Nornes, et signalons tout particulièrement la Waltraute de , vocalement forte, engagée, ainsi que l’Alberich viscéral et venimeux de . dirige admirablement un orchestre, un chœur qu’il sait chauffer à blanc lorsqu’il le faut, une musique qui, à moins que l’on ne ferme les yeux, sonne de bout en bout en porte-à-faux… Merci, Monsieur Freyer !

Crédit photographique : (Brünnhilde) ; (Alberich) & (Hagen) © Monika Rittershaus