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Miloš Popovič & Lorenzo Gatto en voyage musical dans l’Europe centrale du XXe siècle

Le label belge Fuga Libera peut s’enorgueillir d’avoir en son sein quelques jeunes artistes parmi les plus prometteurs de leur génération : Plamena Mangova, le Trio Dali, Severin von Eckardstein, Miloš Popovič, etc.. Le jeune violoniste belge , auréolé, entre autres distinctions, du deuxième prix du Concours Musical International Reine Elisabeth de Belgique (2009), fait aujourd’hui son entrée dans l’écurie bruxelloise après avoir démontré ses talents de chambriste dans des œuvres de Mozart et Schubert enregistrées pour la firme Ut3-Records. En compagnie de Popovič, Gatto nous convie à un superbe voyage musical dans l’Europe centrale du XXe siècle (Roumanie, République Tchèque et Serbie).

Le programme s’ouvre sur une interprétation saisissante de la 3e Sonate pour piano et violon «dans le caractère populaire roumain» de . Sûr de sa technique, Gatto tire de miraculeux effets de cette partition stylistiquement très dangereuse. Jamais les deux compères ne tombent dans le kitsch. Ils confèrent de magnifiques éclairages au premier mouvement, trouvent des contrastes saisissants dans l’Andante sostenuto e misterioso central et on ne peut s’empêcher de souligner les prodigieuses imitations du cymbalum que le pianiste parvient à rendre dans l’Allegro con brio conclusif. Les deux musiciens, âgés d’à peine 25 ans, font preuve d’une maturité musicale époustouflante.

Dédiées à Albert Einstein, les Cinq stances madrigalesques H. 297 datent de la période américaine de (1943). Sachant qu’Einstein était un bon violoniste amateur (il joua notamment des sonates de Mozart avec Robert Casadesus alors qu’ils résidaient tous les deux à Princeton), Martinů prit soin d’écrire cette partie afin qu’elle soit à la portée de l’archet du physicien. L’anecdote raconte que lorsque l’on demanda au compositeur comment Einstein jouait ces pièces, il hésita et répondit : «relativement bien». Gatto et Popovič les interprètent beaucoup mieux que ça, avec une belle expressivité, beaucoup d’élégance et toute la clarté exigée par l’esthétique de Martinů. Mention spéciale à Popovič qui, avec un engagement justement dosé, donne tout son piquant à l’»accompagnement», sans jamais empiéter sur les plates-bandes de son acolyte. Gatto préparant l’enregistrement du redoutable Concerto pour violon n°2 du maître Polička, il trouvera là une occasion plus propice pour déployer pleinement ses talents de virtuose dans la musique du compositeur tchèque. En attendant, cette mise en bouche est absolument délicieuse.

Belle découverte que la Sonate pour violon et piano du serbe (1923-1984), œuvre tonale de 1952, écrite d’une encre des plus noires. Les deux musiciens, sur un pied d’égalité, livrent une fois encore une magnifique prestation, menée avec une autorité impressionnante. De la lumière aux ténèbres (et vice-versa), chaque note est engagée dramatiquement et l’ensemble est d’une tenue remarquable. Un récital indispensable, tout simplement.