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Une Saint Jean qui déménage par la Chapelle Rhénane

Après s’être forgé une identité sonore au contact de Schütz et Buxtehude, Bach, en l’occurrence les Passions, s’imposait en quelque sorte aux musiciens de . Mais passé le constat initial de l’existence de quantité d’enregistrements de la Saint Jean depuis les années 1950, une problématique se pose : comment se positionner en apportant quelque chose de nouveau ?

La réponse est « facilitée » par le fait que nous connaissons quatre versions de l’œuvre, 1724, 1725, 1728 et 1746/47, la première étant de loin la plus courante. Le chef opte lui pour sa propre version, proposant celle de 1725, en ajoutant le grand chœur d’entrée de la version initiale. Par rapport à nos habitudes d’écoute, on perd donc l’arioso pour basse Betrachte, meine Seel, tout comme les deux airs pour ténor, remplacés par deux autres, on gagne un air pour basse (et quel air !), enfin le choral final change.

Par ses choix interprétatifs, le chef souhaite que ce récit biblique soit parlant à l’Homme du XXIe siècle, chacun pouvant s’identifier à un moment ou à un autre aux personnages, aux fidèles et à leurs actes (se sacrifier, trahir, juger, faire souffrir, demander le pardon…). propose donc une vision éminemment théâtrale, habitée, nerveuse (frisant parfois la caricature) à l’image du chœur initial Herr, unser Herrscher, dessen Ruhm qui crée immédiatement une tension, qui ne se relâchera pas. Le changement de climat à la fin de la deuxième partie en sera d’autant plus saisissant.

L’effectif instrumental et vocal est réduit, mais la prise de son proche et la sonorité de l’ensemble ne donnent jamais l’impression d’une vision rachitique.

La couleur de l’orchestre n’est pas très équilibrée, privilégiant les basses ronflantes (contrebasse, basson, contrebasson, orgue…), au détriment des autres instruments (seulement trois premiers violons, deux seconds, deux altos !).

Les chanteurs sont quant à eux très investis, les passages les plus probants étant les chœurs et chorals (à deux par partie), grâce au fondu des voix, au soin porté au texte, à la prononciation, une constante dans cet enregistrement. Le célèbre chœur Ruht wohl, ihr heiligen Gebeine pourrait cependant être plus modéré dans le tempo et plus recueilli. Les différents rôles sont assez convaincants, en particulier (sur les traces de son père Christoph…) qui campe un Evangéliste de bonne tenue, à l’émission claire, impliqué tout au long de l’œuvre pour narrer l’action de la trahison du Christ à la mise au tombeau. Les membres du chœur se partagent les airs avec un résultat plus (le ténor Michael Feyfar, le baryton-basse ) ou moins (les autres) réussi.

Le choix de cette seconde version de la Passion selon Saint Jean nous permet de re(découvrir) des airs d’un grand intérêt, en particulier celui de basse Himmel reisse, Welt erbebe, fallt in meinen Trauerton sur un choral chanté par la soprano, accompagné par les flûtes et la basse continue. La réalisation n’est néanmoins pas complètement aboutie.