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Nabucco à Massada, péplum en décors réels

Chaque année l’Opéra d’Israël, unique scène lyrique du pays basée à Tel Aviv, fait sa dernière production scénique de l’année au Parc Hayarkon, au nord de la ville (Carmen pour 2010). A partir de cette année une production supplémentaire est proposée dans un des grands lieux du pays. Pour cette première édition, la très symbolique forteresse de Massada, face à la Mer Morte, dernier bastion juif à résister à l’envahisseur romain, a été choisie, avec très logiquement Nabucco de Verdi.

Pour un tel spectacle, véritable son et lumières, les musiciens devaient être sonorisés. C’est peut être le principal point faible de cette production : le son, plaqué à l’avant-scène, n’était en rien spatialisé, et faisait disparaître tous les plans sonores. Autre point faible : la distribution. Honnête, très bien pour une représentation scénique habituelle, il aurait fallu pour cette soirée un plateau digne d’Orange ou des meilleures soirées du Met ou de Vienne. Amplifiées, les voix des chanteurs laissent apparaître les défauts…

Ainsi le vibrato déjà gênant de en acoustique envahit l’espace sonore. se sort comme elle peut de la tessiture impossible d’Abigaille. Si les passages les plus graves la font poitriner à outrance, ses airs des actes II et IV, d’esprit plus belcantistes, lui conviennent mieux. domine le plateau en campant un Nabucco autoritaire et hiératique à souhait, la voix est solide, le rôle parfaitement maîtrisé. et Nazzareno Antinori sont honnêtes en Fenena et Ismaele, de façon très routinière. L’ensemble des rôles de second plan est bien tenu, avec pour une fois des Anna et Abdallo sonores et audibles. Le chœur, qui a du mal à prendre ses marques au début, est dans la même veine d’une prestation honnête, qui sans soulever l’enthousiasme bénéficie de beaucoup de professionnalisme.

La mise en scène de Joseph Rochlitz privilégie bien sur le grand spectacle, avec défilé de chevaux et dromadaires, embrasement de la scène et jeux de lumières avec l’immense forteresse de Massada en arrière plan. Bien sûr quelques images kitsch sont inévitables dans ce genre de production, mais comment faire autrement ? Le metteur en scène met à profit avec intelligence l’ensemble des moyens qui lui sont donnés, et si toute exécution d’opéra dans de telles conditions sont risquées (pensons au Stade de France ou au POP de Bercy), on peut sans nuls doutes parler ici de réussite.

Mais le véritable triomphateur de la soirée reste le chef d’orchestre . Routinier à Paris dans Andrea Chénier ou La Bohème, il donne dans son pays le meilleur de lui-même, allant jusqu’à trisser le «Va pensiero», la dernière fois avec participation du public. Public qui lui a réservé une standing ovation finale.

Rendez-vous l’an prochain, dans un autre lieu symbolique d’Israël, avec Aida.

Crédit photographique : (Fenena) © Yossi Zwecker

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