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Eric Le Sage, un beau week-end de musique de chambre française

Le désormais traditionnel week-end de musique de chambre d’automne, à la Salle Pleyel, était consacré cette année à la musique française. C’était en fait un hommage à Fauré puisqu’à chaque concert, nous avons entendu deux de ses œuvres, complétées d’une ou deux pièces d’un autre compositeur : Debussy, Franck ou Ravel.

Dans l’ensemble de la série ressortaient de manière évidente les admirables qualités de chambriste du pianiste Eric Le Sage : son jeu constant et rassurant se conjugue à une légèreté et une dextérité remarquable, une fluidité musicale exceptionnelle qui, à aucun moment, ne se laisse gagner par la moindre lourdeur – l’un des points les plus importants mais les plus difficiles à réaliser dans l’interprétation de Fauré. Son expression, d’une clarté prodigieuse, est discrète à bon escient, sans jamais envahir les autres instruments, mais le clavier s’affirme pleinement là où il le faut. Le son produit par ses doigts est d’une subtile douceur, perlé et égal, dénué de toute agressivité, réalisant une très belle harmonie entre le piano et les cordes, ainsi que la clarinette.

Dans le Trio de Fauré, lors du premier concert, François Salque s’adapte parfaitement au piano et à la clarinette, mais le son devient plus ample et épanoui dans la Sonate de Debussy où il fait également une magnifique démonstration de virtuosité. Chez Paul Meyer, le dialogue avec le violoncelle fut un pur moment de délice, les deux instruments se confondant dans une sonorité quasi-identique ; par ailleurs, il interprète merveilleusement certains passages rapides de la Première Rhapsodie de Debussy, avec un son feutré, faisant oublier qu’il s’agit d’une clarinette. Le violoniste Daishin Kashimoto, lauréat du concours Long-Thibaud en 1996, qui occupe depuis 2009 le poste de premier violon solo au prestigieux Orchestre philharmonique de Berlin, fait la preuve de son grand génie, notamment dans la première Sonate de Fauré (dernier concert), se distinguant par son jeu à la fois généreux et précis, par sa sonorité posée et brillante.

Notons également deux exécutions magistrales du Quatuor Ebène : le Quintette de Franck en deuxième concert et le Quatuor de Ravel en dernier. Dans Franck, ils expriment la gravité extrême des sentiments avec une infinie profondeur et dans Ravel, c’est un véritable envoûtement musical, les quatre musiciens ensorcèlent la salle entière au rythme d’une partition de plus en plus effrénée.

Crédit photographique : Eric Le Sage © Jean-Baptiste Millot

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