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Orlando de Haendel, maladie d’amour

Il suffit d’observer le rideau de scène baissé pendant que l’orchestre joue l’ouverture à la française pour être averti de ce que l’on va entendre : des fêtes galantes, peintes à la manière de Watteau ou de Lancret, laissent présager des histoires d’amour légères et cruelles teintées subtilement de mélancolie.

Pourtant des mufles d’animaux sauvages étranges sortent des bosquets, et ces créatures fantastiques ne manquent pas de nous inquiéter quelque peu. La lumière ambiante, un peu glauque, participe à ce sentiment d’étrangeté. Orlando, c’est donc un conte sur les formes d’amour qui agitent les humains, du plus conventionnel jusqu’à celui qui mène à la folie. Un galant marivaudage (Orlando aime Angelica, qui aime Medoro, qui est aimé de Dorinda), conduirait les partenaires vers une issue fatale, si Zoroastro, en sa qualité de mage, ne dénouait une situation dramatique en calmant le jeu.

L’amour tendre, c’est celui qu’éprouvent l’un envers l’autre Angelica et Medoro, le prince africain qu’elle a guéri d’une blessure. assume le rôle de l’amante avec beaucoup de sensibilité d’une voix souple et très expressive : l’aria Verdi Boschi du deuxième acte témoigne de sa maîtrise. en revanche déçoit un tant soit peu : le personnage du jeune premier manque de caractère, et surtout vocalement il n’est guère à sa place ; les aigus sont aboyés, les changements de registres mal négociés. L’aria de la gravure des initiales dans le tronc d’arbre devient ainsi une page d’écriture pénible.

L’amour blessé, c’est le lot de la soubrette Dorinda. C’est sans doute son rôle qui demande le plus de diversité dans la palette des sentiments, mais on ne voit pas où se trouverait la faute de goût chez elle. Dotée d’une voix magnifique, elle sait danser au troisième acte, elle sait nous tirer des larmes au début du second, elle est vive et fraîche dans le trio de la fin du premier. Avec , elle «emporte le morceau» !

L’amour jaloux conduit Orlando jusqu’aux portes de la folie, jusqu’au moment où les monstres de son inconscient sortent du rideau de scène, matérialisés par des danseurs en furie. Le rôle écrit pour un castrat est étourdissant de virtuosité, et possède le timbre de voix qu’il faut pour assumer sans faillir cette partition si italianisante. Cette cantatrice qui avait fait annoncer avant le début du spectacle qu’elle était souffrante doit alors être époustouflante en temps ordinaire car, de plus, elle interprète son rôle torrentueux avec autant de conviction que de feu quand elle chante ses vocalises !

L’opéra de Haendel semble bien fidèle à la tradition italienne baroque, avec son alternance immuable de courts récits et d’arie souvent somptueuses. L’accompagnement orchestral est assez banal dans son adéquation systématique au texte. Il faut rendre grâce à et au Concert d’Astrée de ne pas avoir voulu s’imposer à tout prix dans une partition qui ne le mérite sans doute pas plus que ça ; les sonorités de l’orchestre sont pleines, mais elles laissent la première place à la voix, et le spectacle est charmant ainsi. Les costumes adoptent les couleurs symboliques des états d’âme, comme cela se pratiquait au XVIIIe siècle : rouge «passion» pour Orlando, rose tendre pour les amoureux, noir pour le personnage muet et à l’allure sinueuse qui symbolise l’Amour, car la mise en scène sème quelques grains de fantaisie dans cet opéra au sens plus profond qu’il n’en a l’air.

Crédit photographique : Sonia Prima (Orlando) © Frédéric Iovino / Opéra national de Lille

Article sur la création de la production à Lille:

Orlando de Haendel, version théâtre par le Concert d’Astrée!

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