Orlando de Haendel, version théâtre par le Concert d’Astrée!

La Scène, Opéra, Opéras

Lille. Opéra. 09-X-2010. Georg Friedrich Haendel (1685- 1759) : Orlando. Opera en trois actes sur un livret d’après Orlando Furioso de l’Arioste. Mise en scène : David McVicar ; Scénographie et costumes : Jenny Tiramani ; Chorégraphie : Andrew George ; Lumières : Davy Cunningham. Avec : Sonia Prina, Orlando ; Henriette Bonde-Hansen : Angelica ; Stephen Wallace, Medoro ; Lucy Crowe, Dorinda ; Nathan Berg, Zoroastro ; Colm Seery, Amore. Le concert d’Astrée, direction : Emmanuelle Haïm.

La première d’Orlando à l’Opéra de Lille affiche complet. Ce début de saison détonne sous la baguette d’ et la direction artistique de l’Écossais qui nous sert cette histoire fantastique, d’amour, de mort et de démence, sur un plateau d’argent.

Droit sorti de l’Orlando furioso de l’Arioste, Orlando est un chevalier amoureux et batailleur qui, fou de jalousie, supprime dans un accès de démence son aimée Angelica et son amant Medoro, duquel la jeune soubrette Dorinda est amoureuse. Haendel a donné à tous ses personnages une consistance telle que le tableau dépasse l’histoire tragi-comique d’Orlando, à terme guéri par le mage Zoroastro. Il dépeint finalement tant de formes d’amour que s’est permis d’ajouter un personnage muet : Eros ou Amore, qui rôde sur scène pour éclairer, au mieux pimenter le propos mais qui parfois aussi le brouille inutilement.

Toutefois, les excentricités gratuites de la mise en scène laissent rapidement place au plaisir d’une vraie lecture grâce à un décor astucieux, des costumes coquets et des lumières rasantes et dramatiques : le délire d’Orlando dans l’acte III en est l’apogée quand notre héros se trouve encerclé par des serviteurs affublés de tête d’animaux sauvages, détails du décor ramenés à la vie par son inconscient… La mise en scène est simple mais efficace et tire avantage du bagage de chaque chanteur. Ainsi une expansive et énergique joue une camériste piquante, extrême dans ses états émotifs et digne de la Comedia dell’Arte (Dorinda). joue, elle, un Orlando nerveux au bord de l’implosion, hyper-masculin, presque plus vrai que nature.

Très soignée, parfois drôle avec des chorégraphies-clin d’œil à l’ère des «boys band» britanniques, la mise en scène n’a rien laissé en jachère. Contrairement à la direction musicale. La recherche exclusive d’une stylistique – évidente et unifiée par ailleurs – au détriment de l’émotion et de l’âme de l’œuvre a minimisé l’impact de la musique. Le jeu de scène la rattrape, souvent, mais pas systématiquement. Tous les chanteurs sont rompus à ce répertoire comme le prouvent la virtuosité du rôle titre chanté par la contralto , le maniérisme d’Henriette Bonde- Hansen (Angelica) et la désinvolture du contre- ténor . Mais dans cette distribution homogène où se distingue par son authenticité, aucun n’a vraiment touché par sa compréhension intime de la musique. Proches du texte (et donc du jeu d’acteur) mais distants de la musique, ils sont comme restés dans une démonstration stylistique qui n’a eu d’égal que l’aridité de l’accompagnement.

Indiscutables, la réussite scénique et l’homogénéité stylistique de cette version ont convaincu un public sans doute déjà acquis mais quelques lunettes que l’on chausse, quelqu’instrument que l’on tienne, «la musique est la musique…» (Berg).

Sonia Prina (Orlando). (Medoro) et (Angelica) © Frédéric Iovino

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