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Du Golgotha vers la paix

/ RIAS Kammerchor

Première journée de la «Bachfest» 2011 qui s’étale sur tout le weekend, cette version germanique de la monumentale Passion selon saint Matthieu atteint sans aucun doute à une sorte de perfection : la vision globale de l’œuvre du chef , la sonorité de l’orchestre, l’homogénéité de l’ensemble des solistes, la spontanéité des interventions chorales, tout concourt à donner cette impression d’évidence à la musique, et donc à en faire sentir la beauté.

Il est vrai que le RIAS Kammerchor est précédé d’une sacrée réputation ! Bien sûr rien à dire sur la justesse ni sur la mise en place, mais on est admiratif de voir ce chœur répondre sans hésitations aux changements de tempo que lui demande ce chef inspiré, et aussi aux brusques modifications d’intentions. La palette de nuances est extrêmement subtile, allant du forte convaincu comme dans le monumental double chœur qui clôture la première partie, O Mensch, bewein dein Sünde groβ, ou bien utilisant un piano éthéré en arrière plan de l’air de ténor Ich will bei meinem Jesu wachen. Les réponses entre les deux chœurs de douze chanteurs chacun se paient même le luxe de n’avoir pas le même timbre d’ensemble, ce qui met en valeur le questionnement du chœur II dans la pièce d’entrée !

Le n’est pas inconnu à Dijon où il avait fait forte impression, et il fait tout pour ne pas déroger : dynamisme, musicalité, effets de surprise effectués avec élégance, cohésion, tout cela en fait un partenaire idéal pour le RIAS Kammerchor. L’ingéniosité de l’orchestration permet en outre d’apprécier les timbres de nombreux instruments solistes qui accompagnent les airs : la viole de gambe et les flûtes soutiennent avec tendresse le récitatif Ja freilich et l’air de basse Komm, süβes Kreuz, et le violoncelle insiste sur la violence de l’air de ténor Geduld !. On pourrait multiplier sans effort les exemples de cette sorte car les soli sont tous remarquables. Une mention spéciale doit être décernée aux deux contrebassistes et aux organistes qui sont sans cesse «sur la brèche» et animent le récit avec conviction.

Les six chanteurs solistes méritent tous des remarques flatteuses car aucun d’entre eux n’est employé à contre-emploi ; Maximilian Schmitt «récite» avec l’art d’un conteur achevé, sait faire preuve de nervosité dans l’air cité plus haut, campe un Christ noble d’une belle voix profonde, émeut dans l’air apaisé de la fin, Mache dir ; est touchante à souhait dans Aus Liebe, et tire des larmes dès l’aria Buβ und Reu, à un tel point que l’on espère son retour rapide dans une autre pièce… Erbarme dich accompagné par les guirlandes du violon solo ou bien le passage virtuose Sehet, Jesus hat die Hand, qu’elle interprète avec trio d’anches, sont des sommets d’émotion.

Impressions de plénitude et d’apaisement : cette interprétation conforte ainsi les sentiments qu’apportent les monumentales œuvres chorales du génial Kantor de Leipzig.

Crédit photographique : © HL Öhme

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