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La forza del destino à la Scala, un régal pour les oreilles !

Scéniquement, cette captation sur le vif d’une soirée scagilère de 1978 aura sans doute peu d’intérêt pour les amateurs de beau chant. Les décors et les toiles peintes de Renato Guttuso, intéressantes sur le plan pictural dans leur expressionisme un peu cru, s’intègrent assez mal dans le dispositif d’ensemble, même si les duretés de la réalité sociale qu’ils expriment conviennent assez bien aux contextes politiques et sociaux de cet opéra. Parmi les solistes, la plupart tentent de tirer la couverture à eux sans se préoccuper véritablement de ce qui se passe autour d’eux sur le plateau. Les scènes d’ensemble, fort nombreuses dans cet ouvrage d’extérieur, sont en revanche assez bien traitées, et là sans doute réside le point fort de la mise en scène de Lamberto Puggelli, davantage intéressée par les mouvements de foule que par les allées et venues, très peu crédibles dans un ouvrage à l’intrigue particulièrement invraisemblable, des différents personnages solistes.

Sur le plan vocal, le plateau est d’une incroyable qualité, qui fait tout à fait honneur à la réputation du prestigieux théâtre, lequel fêtait cette année-là son deux-centième anniversaire. En 1978, était encore au sommet de ses immenses moyens, capable de distiller les pianissimi les plus ineffables tout en faisant montre de réserves de puissance inépuisables et surtout d’un soin porté à la ligne qui devait hélas cessait d’être une priorité dans les années à venir. Le public milanais, avec laquelle la chanteuse catalane devait avoir maille à partir tout au long de sa carrière, lui réserve ici un triomphe amplement mérité. Aux côtés de la diva, un très juvénile brille et séduit par son engagement vocal sans faille. Sans doute est-ce cette vibrante spontanéité, au service d’une partition et d’un rôle manifestement trop lourds pour lui, qui devait contribuer au déclin précoce de cet attachant artiste, ici capté à son meilleur. Plus routiniers, mais aussi plus sûrs et plus fiables sur le plan de l’endurance vocale, le Carlo de et le Padre guardiano de Nicolai Ghiaurov, au chant suprême mais au jeu quelque peu empesé. Beaucoup plus fluides dans ce domaine, le Fra Melitone du Sesto Bruscantini, véritable acteur, et la Preziosilla de Maria Luisa Nave, chanteuse souvent peu subtile que l’on entendait beaucoup en ces années-là, et que l’on découvre ici dans un rôle convenant autant à son tempérament qu’à sa vocalité. Parmi les vétérans de la Scala, on retrouvera également avec plaisir le ténor comprimario , tout à fait truculent dans petit le rôle du muletier Trabuco.

Si le chœur du grand théâtre milanais fait grande impression, l’orchestre reste en peu en-deçà des espérances, en raison sans doute de la baguette un peu molle de de . Gageons que Zubin Mehta, initialement prévu pour diriger cette série de représentations, aurait su insuffler à la partition de Verdi davantage de dynamisme.