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Rinaldo en concert costumé à Lausanne

Sans être aux pieds de la scène, il fallait avoir de sacrés bons yeux pour voir quelque chose de cette production du Rinaldo de Haendel. opte pour une reconstitution de l’opéra du XVIIIe siècle, avec ce qu’elle offrait de conventions dans le geste, de dépouillement dans le décor et d’éclairage de la scène. Avec pour seules lumières, une rampe de bougies sur le devant de scène, et quelques timides éclairages pastel de fond de scène, disons-le d’emblée, le parti pris de la metteure en scène n’amène rien à la dramaturgie. Pire, le spectateur se retrouve constamment à chercher du regard les protagonistes et leurs éventuelles mimiques scéniques, si toutefois le critère d’une mise en scène est d’illustrer le propos de l’intrigue avec une direction d’acteurs. Dommage encore, parce que les costumes méritaient d’être admirés.

La lecture du livret de Rinaldo convainc quiconque que la trame dramatique n’est pas très lourde. Avec ses récitatifs laborieux et ses airs répétant à l’envi une ou deux phrases du poème, ses reprises da capo, il est évident qu’une mise en scène se limitera à régler l’entrée et la sortie des solistes. Ainsi donc, on voit les chanteurs le plus souvent alignés en rang d’oignons sur le devant de la scène pour chanter leurs romances ou autres airs de bravoure face public. A ce jeu- là, le spectateur a tôt fait de trouver le temps long. Et, il est long. Plus de trois heures sans que se jouent les enjeux quasi inexistants du drame. Et avec la gestuelle conventionnelle aux opéras de l’époque, plus souvent esquissée que réellement jouée, il est difficile de se passionner pour la scène. Reste le talent de dans l’ordonnance du «ballet» des chanteurs. Dans une forêt de troncs, dans l’action minimaliste, ses personnages s’effacent pour réapparaître quelques instants plus tard dans des mouvements glissés sans brusqueries aucunes, accompagnant des danseurs aériens et charmants.

Créée voici deux ans au Théâtre national de Prague, et reprise l’an dernier au Théâtre de Caen, la production lausannoise de Rinaldo s’appuie sur une distribution qui se veut plus en rapport avec l’œuvre originale. Fort de son expérience réussie d’un Giulio Cesare en 2008, l’Opéra de Lausanne fait appels à quatre contre-ténors pour tenir les rôles masculins. Seulement voilà ! Haendel écrivait ses opéras pour les chanteurs qu’il avait à sa disposition. Des castrats dont l’étendue vocale et la virtuosité n’ont pas d’équivalents de nos jours. Sauf, peut-être, si l’on fait exception des phénomènes que sont ou Cecilia Bartoli. Pour valeureux qu’ils soient, la distribution lausannoise n’apporte pas une présence musicale suffisamment intéressante et passionnante pour faire oublier la pauvreté du livret et du concert costumé auquel la mise en scène de Louise Moaty nous convie.

Dans le rôle-titre, (Rinaldo) aborde cette prise de rôle avec cran. Même si l’homogénéité de sa voix s’est sensiblement améliorée, le contre-ténor français manque de musicalité. On notera toutefois sa belle tenue dans le fameux «Venti, turbini, prestate» de la fin du premier acte. Mais la ligne de chant devient bientôt heurtée et saccadée, il terminera sa prestation, certes écrasante, avec des signes évidents de fatigue accentuant ces problèmes vocaux.

Les autres protagonistes masculins déçoivent quelque peu. (Goffredo) a la voix totalement détimbrée et engorgée, Yuri Minenko (Eustazio) ne passionne pas avec une voix sans autre intérêt qu’une trop grande décontraction qui le porte à réciter plutôt qu’à jouer son texte. Seul Marteen Engeltjes (Mago Cristiano) donne l’illusion qu’il sait ce qu’il chante mais sa prestation est trop anecdotique pour qu’on puisse juger de ses capacités réelles.

Le baryton Riccardo Novarro (Argante), d’une voix bien timbrée, sauve la distribution masculine avec sa belle présence vocale et scénique. Et son air d’entrée «Sibillar gli angui d’Aletto» réveille la scène qui avait tendance à s’endormir d’aise. Côté féminin, si la soprano Lenneke Rulten (Almirena) confirme l’impression qu’elle avait laissée dans sa fade Pamina de La Flûte enchantée de Lausanne, elle ne profite guère du plus bel air jamais écrit pour son registre, à savoir «Lascia ch’io pianga», pour laisser s’épancher son âme. La soprano Bénedicte Tauran (Armida) laisse exploser son talent de comédienne et quand bien même la gestuelle conventionnelle pourrait freiner ses ardeurs scéniques naturelles, sa prestation respire la vie. Si vocalement, elle semble encore techniquement limitée dans les exigences de la virtuosité handélienne, elle compose un personnage très crédible.

Peut-être que l’aspect musical souvent discutable de cette production le doit-elle à la direction d’orchestre brouillonne de . Ses interventions au clavecin, complétée par celles d’ ont souvent été en décalage avec un loin d’être au mieux de sa forme. Une bonne partie du public a fait une réception triomphale à cette production quand bien même le propos scénique et les prestations vocales manquaient à l’évidence de la qualité qu’on peut attendre d’une telle œuvre.

Crédit photographique : (Armida) ; (Argante), (Armida), (Goffredo), Max Emanuel Cencic (Rinaldo), (Almirena), Yuri Minenko, (Eustazio) ©Marc Vanappelghem