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Hommage à Salvatore Licitra

On aurait tort de se détourner, par simple principe, de ce DVD ! Certes, l’association des noms de « Turandot » et de « Zeffirelli » produit comme on pouvait attendre cette immanquable avalanche de kitsch et de chinoiseries en tout genre, que l’on pouvait déjà constater dans la captation d’une mise en scène du Met à la fin des années 1980. Mais justement, la caméra d’Andy Sommer nous épargne fort heureusement ces savants étalages – dont on peut supposer qu’ils faisaient grande impression dans l’Arène les soirs de l’été 2010… –, pour se concentrer davantage sur le jeu de scène, remarquablement dosé et travaillé, de l’ensemble des protagonistes. Ainsi, autant les masses chorales que les solistes bénéficient d’un traitement particulièrement soigné, de la part du metteur en scène comme du réalisateur. Priorité, donc, au grand plan, et même si cela ne flatte pas toujours certains solistes – voir le redoutable maquillage de , par exemple –, focus sur l’expression faciale plutôt que sur les mouvements de foule. Rien, dans la direction d’acteurs, qui ne soit livré au hasard, rien qui puisse paraître dénué de sens ou d’utilité. Dans ces conditions, la magie du grand spectacle opère sans la moindre retenue, et l’on apprécie plutôt, pour une fois, ce rapport direct à l’action, cette immédiateté qui crée l’émotion par la simple force de l’identification. Une Turandot au premier degré, donc, à l’état brut, mais dans le contexte de l’immensité véronaise tout cela fonctionne à merveille.

Sur le plan vocal, le plateau est plutôt solide, même si aucun des protagonistes ne délivre véritablement une prestation d’anthologie. Maria Guleghina, que l’on peut voir dans une autre captation DVD du Met, est une valeureuse Turandot, au timbre quelque peu ingrat mais au chant toujours vaillant et parfois même subtil, notamment au cours du duo du troisième acte quand la princesse s’ouvre à l’amour. est une Liu touchante, à la fois par son jeu attentif et par son chant toujours soigné. En Calaf, le regretté fait valoir un organe sûr et un chant parfaitement fiable, quoique très « brut de décoffrage ». Il se voit contraint de bisser son « Nessun dorma ».

Comme souvent à Vérone ce sont les chœurs et les comprimarii qui remportent le plus l’adhésion, et si la direction de reste traditionnelle, elle a le mérite néanmoins d’éviter les décalages et d’assurer la maîtrise et la cohésion de l’effectif titanesque déployé sur le plateau.

En somme, une belle soirée véronaise qui fait plutôt honneur à un festival dont la qualité vocale et musicale a plutôt laissé à désirer ces dernières années.