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Guillaume Tell atteint presque sa cible

Voici enfin, ou presque, la version de Guillaume Tell en français qu’on attendait avec ferveur, celle qui rend obsolète l’enregistrement EMI sous la direction de , avec rien moins que Montserrat Caballé, Gabriel Bacquier et Nicolaï Gedda, qui restait jusqu’ici la plus disponible et la plus honorable.

On ajoute le mot presque, car des faiblesses de distribution viennent entacher d’indéniables atouts, parmi lesquels une partition quasi-intégrale dans une édition critique d’Elizabeth C. Bartlet, à laquelle il manque inexplicablement le trio et la magnifique prière du dernier acte.

La direction d’ est à la hauteur de l’architecture imaginée par Rossini pour évoquer cette grande fresque historique, où finalement les individualités comptent peu. Oubliant toute la grandiloquence traditionnellement attachée à l’œuvre, le chef inscrit chaque tableau dans son atmosphère propre, tout en privilégiant la continuité dramatique.

N’est pas Guillaume Tell, et encore moins Arnold, qui veut. possède l’autorité, le brillant dans le timbre, la diction incisive de Guillaume. est tout simplement miraculeux, avec un phrasé souverain, un aigu conquérant, et une parfaite gestion des nuances et de la dynamique. Cette facilité apparente, cette suavité dans la voix, l’ont fait cataloguer par certains mal-écoutants comme indigne de l’un des rôles les plus meurtriers du répertoire. Ce n’est pas parce qu’on ne n’entend pas l’effort qu’il n’existe pas. Les prestations des deux principaux héros sont ainsi particulièrement excitantes, et font tout le prix de ce coffret.

Les choses sont moins impressionnantes du côté féminin, à part l’excellente Hedwige de , qui a si peu à chanter ! est une Mathilde poussive, empêtrée dans un français pâteux et abusant des ports de voix. Le Jemmy d’ ne ressemble en rien à un jeune garçon, mais plutôt à une cantatrice aussi perçante que celles des années 50, style .

Les nombreux seconds rôles sont assez disparates, on notera tout particulièrement le digne Melchtal de et l’intéressant Walter de . Celso Abelo, le jeune ténor qui monte (sans jeu de mots) est un suave Ruodi, au suraigu un peu difficile, ce qui est surprenant quand on sait qu’il chante Arturo d’I Puritani. Dawid Kimberg est un Leuthold légèrement affecté, mais tout à fait convenable. Gessler et Rodolphe sont disqualifiés par un français infâme.

La pochette montre , une pomme sur la tête, transpercée par sa baguette de chef. Cet amusant clin d’œil est vrai, car malgré ses faiblesses, cet enregistrement se situe désormais tout en haut de la discographie, et atteint (presque) sa cible.

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