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Jeanne la Pucelle par Jordi Savall

C’est un véritable film sonore que nous a projeté la Cité de la Musique avec Jeanne la Pucelle. Une représentation remarquablement construite, entremêlant récit, théâtre, chants sacrés, musique instrumentale. Pour permettre cette récréation historique unique en son genre, la musique de l’époque de Jeanne d’Arc cotoyait celle de : celle composée pour le film de Jacques Rivette Jeanne La Pucelle, sorti en 1993. Sandrine Bonnaire, qui incarnait dans ce film le rôle de Jeanne d’Arc, endosse à nouveau ce rôle en tant que récitante pour ce concert, aux côté de René Zosso et de .

L’ouverture-prologue instrumental est une éloge à Jeanne, jouée par la douceur des vents et cordes, contrastant avec la fulgurance des cuivres et percussions, comme pour laisser entendre que la force et l’ardeur ne prennent source que dans la pureté, dans la beauté qui est offerte à l’homme, et non feinte par elle.

Le Veni Sancte Spiritus de vient rappeler l’appel des voix entendues par Jeanne, dans une grande clarté et précision des voix, avec une simplicité qui fait briller d’elle-même chaque strophe de la prière.

L’épisode de la rencontre du Roi met en dialogue Jeanne d’Arc avec l’écuyer Jean de Nouillonpont, révélant un aussi bon comédien que chanteur. Le Veni Creator Spiritus chanté par le chœur en procession entre les fauteuils de la salle de concert marque les esprits par sa grande homogénéité dans la douceur, força un recueillement tout particulier du public.

La musique de film composée par , pétrie de celle de l’époque, vient parfaitement se marier avec celle d’un Dufay ou d’un Vincenet, tout en venant parfaire, par sa nature, la dramaturgie du spectacle. Certains airs venant magnifiquement cimenter le « scénario », comme l’Appel, le Départ où les flûtes ont une place de choix, soulignant par leur simplicité qui n’a pas besoin d’apparât, ni d’extravagances pour exister. Ou dans des pièces au caractère plus guerrier comme dans la Bataille de la Pucelle.

La prison, le procès, l’abjuration de Jeanne mettent surtout en valeur le jeu des comédiens. Malgré quelques couacs, l’intensité dramatique du martyr naissait de la sobriété de leur jeu. Sandrine Bonnaire est une Jeanne d’Arc presque cérébrale, sans exaltations, créant parfois un certain décalage face à la passion qui animait les musiciens et chanteurs : que ce soit dans la grande ferveur et le recueillement dans les chants liturgiques ou polyphoniques sacrés, ou dans la brillance toute martiale dans les musiques évoquant les combats. Loin de partir dans des phases mystico-hystériques qu’il serait facile de lui prêter, Jeanne reste douce, de sang froid et déterminée face à ses interrogateurs.
Un hommage poignant de et d’ à cette Histoire qui est la nôtre.

Crédit photographique : Jordi Savall © DR