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Présences Oscar Strasnoy I’ouverture lyrique par Anu Tali

Présences s’ouvre sous le signe, une fois n’est pas coutume, de l’opéra. Le choix de la Passacaille et des Quatre interludes Marins extraits de Peter Grimes peut laisser perplexe : voilà bien une œuvre, grand classique des orchestres, qui n’a pas besoin d’un festival de musique contemporaine pour être jouée. La précision du geste de la stupéfiante – jeune chef d’orchestre qui s’accorde au féminin – n’empêche pas une certaine imprécision de l’orchestre, vraisemblablement bien peu concentré sur cette partition.

La suite est fort logiquement consacrée à , figure centrale de ce Présences 2012. Le Bal, commande de l’Opéra de Hambourg, créé en mars 2010 et repris sur cette même scène en février 2011 (avec pour voisinage Erwartung de Schoenberg et Das Gehege de Rihm), souffre de toute évidence de l’absence de scène. « Ma musique, c’est du théâtre » clame le compositeur sur les ondes de France-Musique. Dans nos colonnes en 2007, il se définissait déjà comme « dramaturge des sons ». De toute évidence Le Bal ne peut se séparer de son action scénique. Pragmatiquement, l’orchestre, considérable, une fois sur le plateau couvre les voix. Et ni les quelques mouvements de , ni les illustrations humoristiques d’Hermenegildo Sabat ne suffisent à pallier l’absence d’action scénique. La prononciation parfois erratique du français n’arrange pas non plus… L’œuvre pourtant mérite mieux. De l’original d’Irène Némirowsky, et Oscar Stranoy ne gardent que la scène centrale, celle de l’organisation et de l’échec du bal (l’héritage colossal comme inattendu de la famille Kampf qui ouvre le roman n’est pas mentionné). Rosine Kampf est une parvenue, femme de petite vertu ayant fait une quinzaine d’année plus tôt la « bonne » rencontre avec Alfred Kampf. De cette union est née une fille, Antoinette. Mais Antoinette, élevée dans le palais familial, a plus vu sa gouvernante que ses parents. Pour une occasion importante, les Kampf organisent un bal mondain. Betty, la gouvernante irlandaise et Georges, le majordome – tous deux amants – comprennent qu’Antoinette, consignée à rester dans sa chambre pendant le bal, a besoin de se venger de ses parents. Ils lui confient les deux cents invitations qu’elle déchire une à une. Le soir du bal, Rosine, nerveuse, attend… Seule sa cousine, Mlle Isabelle, professeur de piano et vieille fille, répond à l’invitation. Au bout de quelques heures, personne n’est là, la famille se déchire, Rosine reste seule… avec pour seul soutien sa fille.

On retrouve dans cette œuvre plusieurs constantes de l’art d’ : virtuosité orchestrale, citations (la « marche klezmer » extraite du IIIe mouvement de la Symphonie n°1 de Mahler), détournement des usages (comme l’emploi, répétitif et figuraliste au point de le rendre ridicule, du leitmotive), utilisation des extrêmes de la voix, … L’humour musical décapant est ici en phase avec la lecture satirique de Némirowsky. L’Orchestre national, fortement sollicité, donne ici le meilleur de lui-même. Le plateau, peu habitué au français – d’autant que l’écriture vocale exige un débit très rapide – reste vocalement solide. Citons particulièrement , dont la partie, exclusivement fondée sur des gammes (y compris à l’orchestre – après tout, elle est censée être professeur de piano dans Le Bal), se révèle être d’une redoutable virtuosité.

Le Bal a besoin d’être défendu en France sur scène, et non en version de concert. Peut-être un jour…

Crédit photographique : Anu Talui © Jouni Harala