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Metz : Caravaggio, à la découverte du baroque spectral

Passionnée de peinture italienne, la compositrice a eu la belle idée de consacrer un opéra entier à la figure du Caravage, à sa vie agitée au sein de la Rome pontificale du début du XVIIe siècle, mais aussi à son œuvre picturale et surtout aux liens que cette dernière entretient avec la musique. L’idée de est ainsi de créer des sonorités fortes et contrastées à l’image du clair-obscur qui se dégage de la peinture du grand artiste italien, dont pas moins de quatre tableaux connus représentent des instruments de musique, et tout particulièrement des instruments à cordes : L’Amour vainqueur, Le Repos pendant la fuite en Egypte, Le joueur de luth, Le Concert. De manière à « faire sortir les instruments du tableau », pour reprendre les termes de Suzanne Giraud, et « leur restituer […] leur composante audible fantasmée », la compositrice n’hésite pas à recourir aux timbres des instruments baroques – notamment les cordes pincées, sans compter les voix… – visant à reproduire les sonorités de la fin du XVIe siècle et du début du XVIIe siècle. Volontiers de style contrapuntique, et veillant tout particulièrement à ne jamais couvrir les voix, cette musique toujours élégante, quoique parfois violente, rapproche ainsi les techniques d’écriture dites baroques du domaine spectral, dont Suzanne Giraud a également été proche pendant une période de sa vie artistique. Il en résulte une partition d’une grande originalité, aux sonorités souvent envoûtantes dans leur recherche de timbres et de rythmes, étonnante dans son approche à la fois moderne et traditionnelle.

On sera moins clément avec le livret de , souvent confus dans sa narrativité, parfois ridicule dans la trivialité de certaines répliques, et dans l’ensemble assez maladroitement adapté de son beau roman La Course à l’abîme. Si l’on se demande si un tel texte supporterait une véritable mise en scène, on rêve pour le moins d’une mise en image – projection avec animations des grandes toiles du maître italien ? scènes d’atelier ? de muséographie ?– qui puisse soutenir et renforcer le propos musical.

Rien à redire en revanche sur l’interprétation absolument magistrale des artistes réunis sur le plateau. Les solistes, tous dotés d’une excellente diction, sont parfaitement convaincants dans les divers rôles qu’ils incarnent. fait valoir de beaux phrasés dans ses quelques rôles de composition, donne vie et profondeur à ses différents personnages, la flamboyante apporte une sensualité toute féminine aux rôles d’Anna et de Filide. On notera dans le peloton de tête l’excellente haute-contre Anders Dahlin, particulièrement à l’aise dans la partie de Cecco. Enfin, se jette à corps perdu dans le rôle du peintre maudit, dont il parvient à faire ressortir toutes les ambiguïtés. Entre l’ange et la bête, c’est évidemment le premier qui domine, car le « mauvais garçon » ne sera jamais, malgré tous ses efforts, l’emploi naturel de notre contreténor national… Ce dernier n’en affronte pas moins avec hardiesse une partie écrite sur mesure, mais qui expose néanmoins sans complaisance les fragilités de son instrument. Un grand bravo pour cette redoutable prise de risque !

Rompu à la direction de la musique baroque, tire de l’ensemble orchestral les couleurs les plus riches et les plus variées, à l’image du chiaroscuro du peintre ainsi mis à l’honneur.
Une belle réussite qui fait honneur à la création contemporaine.

Crédit photographique : et / copyright Gilles Kieffer – Metz Métropole