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Nathalie Manfrino rend hommage à Jules Massenet

Imaginons que nous sommes en pleine année Massenet et que personne ne s’en rend compte. C’est un peu ce que nous sommes en train de vivre. Où sont les grandes maisons d’opéra qui osent proposer, pour fêter les cent ans de la disparition du maître, son Roi de Lahore, son Esclarmonde ou encore Le Cid ? Nous savons donc gré à d’avoir consacré son deuxième album exclusivement à Massenet en nous offrant, à côtés de quelques airs plus ou moins connus, tout un florilège de raretés.

Il est d’autant plus dommage que, musicalement, ce récital laisse une impression assez mitigée. En fait, si la beauté du timbre, l’art des nuances et l’importance donnée au texte forcent l’admiration, la jeune soprano n’a strictement pas les moyens pour la plupart des rôles qu’elle interprète ici. Car si l’écriture de Massenet sollicite souvent le registre aigu, cette musique n’est pas pour autant destinée à une voix légère, mais requiert un soprano grand lyrique, voire dramatique comme le rappelle justement dans le texte de présentation. Si la couleur virginale du timbre de Manfrino fait merveille en Manon ou, justement, dans l’oratorio La Vierge, bien d’autres extraits la mettent à rude épreuve. Par conséquent, en forçant sa voix pour donner plus d’étoffe à son médium et plus d’éclat à son aigu (sûr, mais court de projection), elle risque de durcir son timbre. Et le vibrato large qui se fait entendre à maintes reprises paraît bien inquiétant pour une chanteuse n’ayant pas encore passé la quarantaine.

Rien à redire, en revanche, en ce qui concerne l’accompagnement par l’ sous la baguette experte de . Le raffinement orchestral imaginé par Massenet y est entre les meilleures mains possibles. Plasson fait scintiller l’orchestre en mille et une couleurs – et cela sans jamais sombrer dans un kitsch sucré trop souvent reproché à l’écriture de Massenet.