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Orphée touche le public à Essen

Quelle performance ! Au bout d’une tournée écrasante – quatre concerts en quatre jours – le Chœur et l’Ensemble Balthasar Neumann présentent l’Orfeo de Monteverdi à la Philharmonie de Essen, et tous les musiciens font preuve d’une fraîcheur étonnante. Point de fatigue, mais, au contraire, une verve et une fougue qui confèrent à cette musique, pourtant vieille de 400 ans, une surprenante jeunesse. Techniquement sans failles et rompus au style monteverdien, chanteurs et instrumentalistes interprètent cette partition avec une joie visible. Rien n’est laissé au hasard, et pourtant, la spontanéité est au rendez-vous – et l’émotion aussi. S’ajoute une mise en espace à la fois simple et efficace – et la réussite est au complet.

Côté solistes saluons d’abord l’esprit d’équipe. Ainsi, plusieurs choristes assument des rôles de solistes, des solistes acceptant, d’autre part, de chanter avec le chœur. Parmi les nombreux rôles secondaires, la palme revient ex aequo à , Speranza au timbre de velours, et à , Apollo charismatique vocalement et scéniquement. En Euridice, fait valoir une belle voix cristalline ; dommage que le rôle soit aussi court. , en revanche, en endosse deux : en messagère, elle nous procure un moment de pure émotion grâce à son art de nuances, avant de séduire son mari Pluton (, solide) et le public dans le rôle de la belle Proserpine.

Les deux héros de la soirée enfin s’appellent et . Le jeune baryton russe trouve en Orphée emploi à sa guise. Doté d’un timbre à la fois souple et viril, il affronte crânement la tessiture difficile du rôle allégeant habilement sa voix dans les moments les plus tendus. Capable de superbes demi-teintes, son chant touche droit au cœur du public qui lui réserve une ovation à la fin de la soirée. Ovation méritée également pour , maître d’œuvre et de plaisir du concert. Vibrante, passionnante et nuancé à la fois, sa direction enflamme les musiciens – et les deux heures du concert s’envolent. Redisons-le : quelle performance !

Crédit photographique : Nicolay Borchev (Orfeo) © Sven Lorenz