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Aix, Benjamin à l’orchestre

Il aurait été bien dommage qu’un concert symphonique ne vienne pas couronner le triomphe qu’a connu au cours du festival d’Aix-en-Provence 2012. D’abord parce que tous ceux qui ont offert au chef-compositeur une ovation presque inédite après la création de son opéra Written on skin ne pouvaient souhaiter mieux que d’entendre d’autres partitions de sa main ; ensuite parce que Benjamin est un chef tout autant remarquable dans les partitions des autres. Et tant qu’à faire, pourquoi ne pas offrir au public aixois un des tout meilleurs orchestres du monde ?

Le , parrainé depuis sa fondation par Claudio Abbado, se livre en début de programme à une démonstration de l’ensemble de ses facultés dans une œuvre qui s’y prêtent particulièrement. On a tout son temps pour admirer la vertigineuse transparence de ses cordes – quand l’atmosphère change, et on retrouve ces mêmes cordes tendues, brumeuses, matérielles. La démonstration est de même nature pour tous les solistes des vents, qui n’ont certainement pas une pureté instrumentale sans tache, mais savent faire parler leur instrument – chacun jugera selon ses goûts, mais la démonstration est brillante.

Le cœur du programme, cependant, était constitué naturellement des pièces de Benjamin lui-même. Viola, Viola, déclaration d’amour à l’alto, est sans doute une de ses pièces les plus connues : même réduite à deux instrumentistes, la pièce parvient à conquérir la vaste scène du Grand théâtre de Provence par sa théâtralité, qui ne passe pas par des usages inhabituels de l’instrument, mais joue avec brio de tous ses usages communs – le long passage où les deux altistes se renvoient la balle du pizzicato et de l’archet est à la fois infiniment raffiné et délicieusement ludique. On n’est alors pas surpris que l’œuvre suivante au programme porte en titre le mot Inventions : plus que le souvenir baroque, la richesse des interventions solistes des vents répond à la pièce de Wagner entendue précédemment, tout en manifestant un esprit à la fois ludique et empreint de contrastes dramatiques, jusqu’au coup de théâtre final.

Mais l’œuvre la plus riche des trois est sans doute Duet, joué avec sa virtuosité habituelle par  : ce concerto pour piano très bref – une douzaine de minutes – n’en est pas un, comme l’indique son titre : non pas un soliste-roi voguant sur un orchestre faire-valoir, mais un véritable dialogue, auquel la puissance dramatique ne manque pas. Elle est servie avec son habituelle virtuosité fonceuse et limpide par un pianiste qui possède mieux que personne l’art de faire passer la musique nouvelle aux oreilles les moins réceptives.

Il n’est enfin pas surprenant que Benjamin, élève de Messiaen et proche de Pierre Boulez, termine son concert par de la musique française, avec une des œuvres de Ravel les mieux à même de confirmer les forces de son orchestre : il n’était peut-être pas besoin d’une démonstration supplémentaire, mais on ne se lasse pas d’un orchestre à un pareil niveau.

Crédit photographique :  © GR Millard