ResMusica - Musique classique et danse
- ResMusica - https://www.resmusica.com -

Benjamin Lazar revisite Cendrillon

Grand habitué des éclairages à la bougie, c’est apparemment avec la fée « électricité » que flirte à présent pour sa lecture de la Cendrillon de Massenet. Sans doute le metteur en scène a-t-il voulu rappeler que la première de cet ouvrage à l’Opéra-comique, en 1899, avait également marqué l’inauguration d’une salle rénovée et entièrement équipée avec les moyens les plus modernes de l’époque. C’est donc sur l’anachronisme assumé que repose cette belle production, qui concilie sans heurts et sans cassure une action résolument ancrée au début du XVIIIe siècle – ce que justifie pleinement le véritable « pastiche » musical de Massenet, déjà ébauché sur le mode sérieux dans Manon – et l’élaboration d’une immense machine à rêves davantage inspirée des premières années du cinéma hollywoodien ; c’est presque à se demander si certaines audaces harmoniques – le surprenant duo de la fin du deuxième acte ! – n’annoncent pas déjà la musique de film du cinéma des années 1920 et 1930… Dans un tel contexte, Madame de la Haltière et ses filles évoluent, telles des stars du muet, entre les caméras de tournage, Cendrillon se contentant quant à elle de nettoyer le plateau à l’issue de la séance. Le dernier acte, celui où le rêve rejoint la réalité, situe l’action plus fermement à l’époque de la création de l’ouvrage, rendant à la morale du conte toute sa portée universelle. De façon générale, les images et les éclairages tout particulièrement sont d’une beauté étourdissante, les chorégraphies sont réglées au cordeau et le spectacle ne perd ni en en farce ni en drôlerie, permettant de faire passer dans ce qui se veut avant tout un ouvrage féérique ce léger soupçon de sentimentalisme lequel, dans un autre contexte, pourrait presque finir par devenir irritant.

L’interprétation musicale de cette reprise de la salle Favart – la production a été créée à Paris au printemps dernier – est d’un excellent niveau homogène, même si certains chanteurs étaient visiblement en petite forme vocale le soir où nous les avons entendus. a ainsi mis un peu de temps à trouver ses marques en Prince Charmant, et a franchement déçu dans le rôle de la bonne Fée : attaques approximatives, intonation douteuse, ligne de chant chaotique. Espérons que les prochains rendez-vous avec cette prometteuse colorature seront plus concluants. Si s’impose dès les premières scènes en Pandolfe, est absolument idéale dans le rôle de Cendrillon, dont elle possède à la fois le naturel, la douceur et le brillant. Et saluons un casting de luxe qui permet d’entendre, à plus de soixante ans, la légendaire dans un rôle qui lui permet de laisser libre cours à sa veine comique tout en déployant encore, et avec quel panache, ce fameux contralto barytonant. De même, on ne dira que du bien du chœur de Saint-Etienne et des nombreux petits rôles, apparemment très rodés. Manifestement séduit par les beautés et la modernité de la partition, l’, sous la baguette experte d’, souligne le contraste entre la grandiloquence néo-dix-huitième siècle des scènes comiques et la recherche de savantes sonorités modernistes. De toute évidence, le spectacle aura remporté l’adhésion d’un public pas forcément conquis d’avance.

Crédit photographique : © Elisabeth Carecchio