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A Montréal, La Chauve-Souris sans bulles de champagne

L’opérette Die Fledermaus de Yohann Strauss fils, est un chef-d’oeuvre de bonne humeur, de joie de vivre et d’excellente musique.

Inutile de revenir sur une intrigue aux multiples rebondissements. Ici tout est prétexte aux déguisements, à l’extravagance, au champagne qui coule à flot et fait tourner les têtes, aux petites femmes jolies et parfumées, avenantes, enfin à toute une faune voulant follement s’amuser. Là où tout est permis ou presque.

On s’attendait donc à une Chauve-souris drôle et désopilante. Force est de reconnaître que nous avons assisté à un spectacle un rien tristounet et sans bulles de champagne. L’Opéra de Montréal se cherche depuis plusieurs années sans trouver un créneau qui serait le sien. Revisiter l’oeuvre dans la version française de Die Fledermaus en la saupoudrant de quelques caractérisations montréalaises l’affadit inexorablement au lieu de lui donner du tonus. Ainsi, l’intrigue se situe à Montréal, en pleine crise financière et boursière des années 1930. À travers les carreaux d’une fenêtre d’une maison cossue, on perçoit la croix illuminée sur le Mont-Royal ! Le doute n’est plus permis, nous sommes bel et bien dans la métropole canadienne ! Et pour donner plus de poids au côté identitaire, quelques pétards mouillés égrenés tout au long des trois actes tiennent lieu de feux d’artifice. Des situations burlesques, les pirouettes clownesques d’hommes ivres qui titubent avec à la clef, quelques expressions triviales, incongrues. Les blagues tombent à plat, les pitreries boulevardières nous assomment par leur insolence. Tout pour faire rire ! Cela est d’un comique laborieux. En fait, c’est la montagne qui accouche d’une… chauve-souris.

Le metteur en scène Oriol Tomas échoue dans sa tentative à donner vie aux personnages où la drôlerie et la cocasserie laissent souvent place à la tendresse, à la mélancolie et à l’émotion. Ne cherchez pas les subtilités qui pourtant abondant dans l’oeuvre originale. Tout est gommé ici par le bas, au premier degré de lecture. Et cela sonne creux. Emmanuel Chabrier se plaignait déjà « qu’on ne prenait pas les comiques au sérieux ».
C’est décidément viser trop bas.
Heureusement, les décors de Richard Roberts sont de qualité et conviennent parfaitement à la pièce. Idem pour les costumes d’Angus Strathie – avec les toilettes de femmes ravissantes – sont choisis avec goût.

Du côté des voix, le ténor est un excellent Gabriel. La voix toujours claire illumine les trois actes. De plus, il se révèle très à l’aise sur scène, aux côtés de , une sémillante Rosaline. Toutefois, sa voix somptueuse perd un peu de son éclat tout au long de la soirée et finit par se faire couvrir par l’orchestre.

Nous avons adoré la mezzo-soprano d’ dans le rôle travesti du Prince Orlofsky. Elle est sans doute une coudée au-dessus de la mêlée. Le rôle d’Ida, soeur d’Adèle, est tenu par le baryton Jonathan Bédard. On comprend mal ce choix. Alexandre Sylvestre jouant Frank, demeure un bon chanteur et nous révèle ses dons de comédiens. La soprano dans le rôle d’Adèle, a une voix stridente et un vibrato très envahissant. Le baryton est un Falke correct. L’Invitée – incarnant Joséphine Baker – la soprano Chantale Nurse, entourée de danseurs tout droit venus du Cabaret 281 *, peut éblouir avec son numéro de music-hall, haut en couleurs.

Les choeurs de l’Opéra, sous la direction de , sont impeccables comme toujours. Le maestro dirige d’une main habile l’.

* Le 281 de Montréal est un cabaret où des hommes exécutent des « strip-teases », au grand plaisir d’une clientèle majoritairement féminine.

Crédit photographique : & © Yves Renaud

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