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A Los Angeles, débuts fracassants, in loco, de Matos et Tomasson

L’ancienne production (Chicago, 2001; San Francisco, 2004) de , légèrement retouchée, mais si peu, conserve ici toute sa fraîcheur, tout son éclat et va surtout droit à l’ essentiel. Bien sûr, certaines considérations psychologisantes y demeurent, mais le mythe, qui dissipe d’emblée toute équivoque, est ici raconté, clair et franc, comme il se doit, avec une précision, une lisibilité toutes explicites. Les décors et les costumes, de tous temps, de tous lieux, souvent sinistres, voire macabres, ajoutent, eux, comme si besoin l’était, une autre dimension énigmatique et singulière, à la fable. Le spectateur jouera le jeu, en sortira assommé, après 150 minutes d’une musique ininterrompue, souvent opulente, souvent paroxystique.

Pour cette illusion, ce cauchemar…. plateau de rêve ! , dégingandé, blafard, cireux, tout de noir vêtu, arbore un énorme couvre-chef aux larges bords qui le dissimulent. Le portrait fait mouche. Vocalement, dès le Die Frist is um, nous voilà saisis. Par une voix forte et porteuse, au timbre sombre et brutal, tranchant, abyssal et …glaçant.

, vocalement très solide, brosse à traits vifs un Daland cocasse et saugrenu, veule et corrompu, qui s’évertue surtout à vendre sa fille au plus offrant, à manipuler et son Hollandais et sa Senta. Brouillon, un brin trémulant, indécis, approximatif, l’Erik de Corey Bix, déçoit.

Débuts saisissants in loco d’ dont la Senta, culottée d’aplomb, impérieuse, aboutie, justifie tous les déplacements. La voix, robuste et bien forgée, sensuelle et généreuse, au timbre suffisamment mûr, bien sonnant, prenant, convainc… tout comme convainc également cette incarnation, pétrie d’angoisses, hallucinée en fin de parcours, qui vous prend aux tripes. Très bonnes prestations de Matthew Plenk (le pilote) et de Ronnita Nicole Miller (la nourrice). Le choeur, imposant, incisif, négocie ses interventions avec opulence et brillant. Au pupitre, , élégant, fluide, pudique, dirige un orchestre souvent voluptueux, nuancé et, lorsqu’il le faut, acéré et fervent.

Crédit photographique : & , « The Flying Dutchman » © LA Opera