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Saint-Étienne : une Traviata de grande qualité

Cette Traviata de Saint-Étienne, coproduction avec l’Opéra de Monte-Carlo, ne réserve que des satisfactions, à commencer par une excellente distribution.

La soprano canadienne Joyce El-Koury possède une belle présence scénique, une voix à la fois puissante et souple, et une incroyable longueur de souffle, ce qui lui permet d’enchaîner de longues phrases sans effort apparent. Grâce à cela, elle maîtrise également de fort beaux piani bien timbrés, dont elle use et abuse, pour notre plus grand plaisir.

Elle est, en outre, très crédible scéniquement. On n’imaginait pas en ténor verdien, et on avait grand tort, car son Alfredo est parfait. Le timbre est solaire et d’une solidité à toute épreuve, les aigus conquérants. Une très bonne surprise ! Vincenzo Taormina peut sembler brutal de prime abord, mais il s’agit d’un parti-pris de mise en scène, qui le transforme en père intolérant et agressif, sans la moindre compassion pour la « dévoyée ». Des seconds rôles, on retiendra surtout le baron Douphol bien chantant de Vladimir Kapshuk et la Flora sculpturale, au timbre de bronze, de .

a fait sensation au Bolchoï depuis sa première invitation en été dernier, et plus encore depuis qu’il y a donné Traviata en octobre, ce qui l’a propulsé au rang de star à Moscou. Cette réputation est entièrement méritée, tant l’ sonne élégant, clair, et d’un grand sens dramatique.

La mise en scène de est fort bienvenue. Le rideau s’ouvre sur les murs lépreux d’une maison de passe, dans laquelle une prostituée se meurt sur un grabat, assistée par le docteur Grenvil, qui en profite pour faire passer la visite médicale d’usage à toutes les pensionnaires. Les parois s’ouvrent ensuite sur le salon de Violetta, mais sans disparaître entièrement, rappel implacable de ses origines et de son mode de vie. Elles se refermeront lors du dernier acte, pour une mort sordide, tandis que ses anciens compagnons de fête applaudissent, hors d’atteinte, derrière un rideau transparent. Entre-temps, on aura assisté à la destruction systématique de l’héroïne, symbolisé par un ballet d’une violence dérangeante.

Un spectacle pensé, abouti, bien mené, caractéristique de la qualité constante de l’Opéra de Saint-Étienne, malgré bien des vicissitudes, et de nombreux changements de direction en peu de temps. On est d’autant plus affecté par le manifeste lu quelques jours plus tôt par un des membres de l’excellent chœur, témoignant de leur inquiétude face à la possibilité de ne plus pouvoir intervenir dans un nombre suffisant de spectacles lyriques.

Crédit photographique : Cyrille Cauvet / Opéra Théâtre de Saint-Etienne