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Berlin mobilisé pour les 70 ans de Daniel Barenboim

Barenboim fête ses 70 ans. L’immense pianiste et chef d’orchestre s’apprête à recevoir les plus chaleureuses ovations du public de la Philharmonie de Berlin, de l’Orchestre de la Statskapelle de la capitale allemande dirigé avec constantes efficacité et nuance par son grand ami . Tous présents – on aperçoit un autre intime dans le public : Pierre Boulez – et manifestement d’avance conquis par cet artiste fabuleux. apparaît pour toute la durée du concert, sûr de lui, soutenu par une extraordinaire mémoire, par un catalogue ahurissant, par une expertise incomparable et propulsé par une musicalité exceptionnelle dont son parcours a très globalement bénéficié.

Pouvait-on oublier de programmer Beethoven, génie incontesté qui l’accompagne depuis ses tout premiers pas avant même l’âge de 10 ans ? Le Concerto n° 3 en do mineur, joué de si nombreuses fois, retentit avec une fraîcheur renouvelée, une précision terrible et réveille, pour certains, l’inoubliable intégrale des cinq concertos réalisée jadis sous la baguette experte de Klemperer puis une seconde fois comme chef avec Arthur Rubinstein en soliste.

Si Barenboim a amplement servi les romantiques (Chopin, Brahms, Tchaïkovski …) et les postromantiques (Wagner, Mahler, Bruckner, Elgar…), il n’a jamais oublié les plus anciens (Bach, Mozart…) et sans doute moins encore les modernes authentiques (Bério, Boulez, Denisov, Henze…). Parmi ces derniers, l’Américain (dont il créa la Partita en 1994), une proche relation, qui a écrit pour cet anniversaire ses Dialogues II pour piano et orchestre l’année même de sa disparition dont la modernité contraste avec la dernière œuvre de la soirée, le Concerto pour piano et orchestre en mi bémol mineur op. 23 de Tchaïkovski dont le soliste souligne comme il convient le pathos, la grandiloquence, la virtuosité certes mais également la beauté intrinsèque, les sentiments émouvants, les tourments douloureux et les confessions musicales qui – malgré les opposants souvent farouches – le classent au Panthéon des plus grands créateurs de tous les temps. Barenboim joue parfaitement, s’échine à faire mieux, fatigue à quelques reprises, mais nous prouve une fois encore combien il mérite sa place (elle aussi parfois controversée) au sommet. Une belle et émouvante soirée que ce film – par ailleurs tout à fait conventionnel – nous invite à vivre et revivre.

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