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Salomé de feu et de sang à Bordeaux

Grâce au nouvel auditorium, l’Opéra national de Bordeaux peut se permettre de produire des œuvres à l’effectif orchestral pléthorique, telle Salomé de Strauss.

Néanmoins l’absence de cintres et de dégagements impose au metteur en scène une certaine inventivité pour pallier l’absence de dispositifs scéniques. a fait au mieux avec un plateau à double niveau et une excellente direction d’acteurs. Le plateau, inhabituellement proche du public, permet de mieux jouer avec les gestes et les expressions. Néanmoins le décors, qui se situe dans le lieu d’élaboration d’un producteur de vin, est à Bordeaux un peu trop téléphoné. De même la Danse des sept voiles, casse-tête de tout metteur en scène, perd considérablement en poids. La vidéo qui s’y substitue, filmée dans le Grand-Théâtre, prouve qu’un chanteur d’opéra n’est pas un acteur de cinéma. Le propos, consistant en Hérode poursuivant Salomé petite fille, adolescente puis adulte et suggérant l’inceste final, est usé jusqu’à la corde. Un point noir dans une réalisation scénique plutôt réussie, qui exacerbe les tourments psychologiques de tous les personnages.

Coté musique, la réussite est en revanche totale. La fosse de l’auditorium, vaste et profonde, permet à l’orchestre de s’exprimer pleinement sans couvrir les chanteurs. excelle dans ce répertoire, l’ONBA sonne avec plénitude, loin de la prestation catastrophique du dernier Dialogues des carmélites. Le moindre petit rôle est excellemment distribué, laissant la part belle à deux générations de chanteurs français – signalons en particulier le très sonore Premier Soldat de Thomas Dear.

prouve par son timbre charnu et sa puissance que les plus grands rôles l’attendent, campe un Narraboth très crédible, et forment pour une fois un couple à la fois démoniaque et en voix – enfin un Hérode et une Hérodiade qui ne sont pas tenus par des chanteurs en fin de carrière. change aussi par rapport aux Jochanaan habituels : on comprend largement pourquoi Salomé en pince pour lui. Néanmoins le rôle est trop grave pour un baryton lyrique, un défaut largement compensé par une grande  puissance vocale. Enfin crée la surprise avec cette prise de rôle. Même si les graves – jusqu’au sol bémol tout de même – ne sont pas très sonores, sa prestation est à couper le souffle, autant pour ses talents de comédienne que pour son excellence vocale.

On peut sans équivoque parler pour cette Salome d’une très grande réussite, tant scénique que musicale. Le triomphe réservé par le public en est la preuve.

Crédit photographique : (Salomé) ; au fond : (Narraboth) et (le Page) ; premier plan : (Jochanaan) et Mireille Delunsch (Salomé) © Frédéric Desmesure

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