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Khatia Buniatishvili confirme et Andrey Boreyko s’impose

Ce concert mettait à l’honneur les musiciens de l’Europe centrale et de l’est puisqu’étaient convoqués des compositeurs polonais, hongrois et russe, une pianiste géorgienne et un chef originaire de Saint-Petersbourg, Andrey Boreyko, qui dirigeait à cette occasion pour la première fois l’.

Poursuivant son parcours sélectif dans l’œuvre de Lutoslawski dont on fête le centenaire de la naissance cette année, l’ ouvrait la soirée avec le Concerto pour orchestre composé au début des années cinquante. Difficile de ne pas penser au modèle bartokien d’une dizaine d’années antérieur, aussi bien dans l’utilisation de matériau folklorique, dans la rythmique comme dans les couleurs de l’orchestre. Andrey Boreyko n’essaya manifestement pas de masquer la parenté entre les deux œuvres, comme on put s’en rendre compte ce soir, sans doute plus nettement dans le dernier mouvement. Il donna toutefois à son exécution une rigueur et une précision qui conférèrent à l’Intrada, première partie du concerto, un caractère implacable, presque rude, que renforça la façon dont le chef fit hurler ses cuivres au prix d’une passagère rupture de l’équilibre sonore. Cette vision sévère et puissamment charpentée, d’une remarquable précision rythmique, ne se démentira pas jusqu’à la fin de l’œuvre, et sa virtuose Toccata impeccablement maîtrisée.

Sans doute moins immédiatement spectaculaire que le premier concerto, le Concerto pour piano n°2 de Liszt avec ses six mouvements enchaînés en un seul, réclame sans doute plus de nuance de touché afin de bien mettre en place les éclairages successifs qui traversent l’œuvre. que nous avions entendu ici même dans une Sonate en si mineur ébouriffante mais construite sur le contraste abrupt entre le très retenu et le très vif, sut ce soir impeccablement remplir l’espace entre ces deux extrêmes et donner à chaque mouvement sa personnalité tout en donnant à l’ensemble une cohérence sans faille. L’orchestre suivit avec panache dans les mouvements vifs et fit même bien mieux quand il fallait tisser un subtil dialogue avec le piano, et on n’oubliera pas de sitôt le magnifique solo de violoncelle dans l’Allegro moderato, la pianiste allant d’ailleurs saluer Emmanuel Gaugué sitôt commencé le cérémonial des applaudissements bien mérités qui furent interrompus par une brève transcription de Bach toute en douceur, avant que le Precipitato finale de la Sonate n°7 de Prokofiev n’enflamme définitivement la salle.

Ce concert fort bien commencé se termina par une jolie surprise avec la Suite pour orchestre n°3 de Tchaïkovski, et nous n’hésiterons pas à y mettre tout le crédit à la direction magnifiquement inspirée du chef qui réussit à nous captiver du début à la fin dans une œuvre assez risquée. Si le chef avait donné au Concerto pour orchestre un caractère sévère dénué de tout lyrisme, il montra dans cette suite qu’il savait aussi insuffler une chaleur, un charme et un pathos discret et élégant qui allait comme un gant à cette pièce d’une quarantaine de minutes, presque une symphonie avec ses quatre mouvements. Ce fut un vrai plaisir d’écouter cette musique ainsi jouée.

Si ce concert fut pour nous une confirmation, celle du talent de qui semble bien sur le chemin qui la conduira à devenir une incontournable du piano pour les années à venir, il fut aussi une belle découverte, puisque, comme l’Orchestre de Paris, nous entendions le chef Andrey Boreyko pour la première fois en concert, et il s’imposa à nous comme une évidence.

Crédit photographique : Andrey Boreyko © Christoph Rüttger

 

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