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Recréation pleine de verve à Montpellier de Madame Sans-Gêne d’Umberto Giordano

n’est pas seulement l’auteur du célèbre opéra vériste André Chénier. Madame Sans-Gêne, que le Festival de Montpellier Languedoc-Roussillon a ressuscité après presque cent ans d’oubli (créé au Metropolitan Opera de New York, sous la direction d’Arturo Toscanini en janvier 1915), est une œuvre curieuse, où alternent des scènes comiques (deuxième acte) et sérieuses, voire pathétiques (troisième acte), de façon un peu pêle-mêle, donnant une impression quelque peu disparate.

Le livret suit assez fidèlement la pièce de Victorien Sardou mettant en scène la fameuse Madame Sans-Gêne, ancienne blanchisseuse et vivandière devenue la duchesse de Dantzig en épousant Lefebvre nommé Maréchal d’Empire. L’intrigue mêle aussi l’histoire de la liaison supposée de l’impératrice avec le comte autrichien Neipperg.

La version de concert de cet opéra, si l’initiative de la recréation mérite les plus grands éloges, manque cruellement du plaisir visuel, élément essentiel pour ce genre d’œuvre. L’intrigue deviendrait plus facile à comprendre et incontestablement plus vivante avec une mise en scène, notamment en ce qui concerne le changement de situation de l’héroïne entre le 1er et le 2e acte (une blanchisserie de faubourg et la cour du château de Compiègne), le contraste avec la scène comique de l’apprentissage des bonnes manières par Madame Sans-Gêne, au 2e acte, et la scène tendue sur le sort de Neipperg au 3e acte. On espère donc qu’une version scénique verra prochainement le jour.

La soprano géorgienne dans le rôle titre avait quelque peine à démarrer – au début, sa voix était parfois entièrement couverte par l’orchestre –, mais offre dans les deux derniers actes une prestation remarquable. Sa voix ample et posée correspond bien au personnage de Catherine, sans gêne certes, mais surtout sans peur et courageuse, ainsi qu’à l’expression de ses tourments au caractère vériste du 3e acte. est un Napoléon imposant, un Fouché assez froid tandis que Pablo Karaman, alias le Comte Neipperg, a du mal à tenir les aigus. Il convient avant tout de mentionner la magnifique performance d’ en Lefebvre, grâce à une voix large et puissante (au premier acte, seule sa voix était intégralement audible au-dessus de l’orchestre), à l’aise dans toutes les tessitures, et dotée d’un sens dramatique convaincant.

L’orchestre national Montpellier Languedoc-Roussillon assure une interprétation de qualité, sous la direction très claire de  ; cependant, un grand orchestre comme celui de ce soir donnerait un équilibre sonore plus approprié par rapport aux voix s’il se trouvait dans la fosse.

Photos : © Luc Jeannepin

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