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Janine Jansen joue Bach en famille

Bien qu’enregistré dans une église berlinoise, ce nouveau disque de n’est pas un live mais bel et bien un enregistrement « de studio ». Accompagnée par ses fidèles compagnons du festival d’Utrecht dont son propre père au clavecin et son frère au violoncelle, la violoniste néerlandaise nous livre donc ici sa vision de la musique de Bach, avec deux concertos pour violon, deux sonates pour clavecin et violon et la version pour violon et hautbois du concerto BWV 1060.

Si, avant de se lancer dans ce projet Bach, s’était essayé au violon baroque, elle est quand même revenue à son fidèle Stradivarius « Barrere » et c’est donc un ensemble d’instruments « modernes » que nous entendons ici. Néanmoins, comme nous l’expliquait la violoniste dans l’entretien qu’elle nous a accordait peu avant la parution de ce CD, elle s’est beaucoup intéressée à la question des phrasés et de la respiration inhérents au style baroque, mais si elle a choisi de rester moderne ce n’est pas nécessairement pour jouer à la romantique. Et il faut reconnaître que l’écoute de ce nouveau disque reflète avec une fidélité sans faille le discours de l’artiste. Car on y entend un Bach alerte et vivant sans précipitation ni excès de staccato dans les mouvements vifs, un son qui garde de la tenue dans les mouvements lents sans souffrir des soufflets qui pénalisent trop souvent les archets baroques. L’usage discret du vibrato et l’utilisation d’un petit ensemble de cordes donne à cette nouvelle version un esprit fondamentalement chambriste, loin de toute tentation romantique. Le tout réalisé avec une intelligence musicale difficile à mettre en défaut et un rigoureux sens de la mesure dans les choix d’ornementation, de respiration, de rubato, de phrasé et de dynamique, car, si tous ces ressorts interprétatifs sont bien présents, ils n’envahissent jamais la ligne musicale, restent parcimonieux et ne sont jamais poussés trop loin. Ainsi la vision défendue ici par Janine Jansen and Friends n’est clairement ni baroque ni romantique, sans pour autant tomber dans un ni-ni stérilisant, et c’est certainement là la principale réussite de cet enregistrement qui cherche à faire simple et juste, pas plus, pas moins.

A la première écoute il faut sans doute le temps de l’Allegro initial du concerto BWV 1042 pour planter le décor de la part des artistes et prendre ses marques côté auditeur, mais dès l’Adagio suivant on sent plus franchement où nous emmènent la violoniste et ses amis, qui essayent de toucher l’auditeur sans sentimentaliser le discours, conservant tout du long une évidente pudeur qui pourra retenir les Allegro assai concluant les concertos pour violon d’être trop « assai », leur retirant le caractère jubilatoire qu’ils peuvent avoir ailleurs. Juste avant que le duo Janine Jansen, Ramón Ortega Quero ne nous offre un concerto pour violon et hautbois d’une parfaite noblesse, à l’évidence la pépite de ce disque, avec un Adagio plus immédiatement émouvant et un finale emballé à souhait. Les deux sonates pour clavecin et violon qui complètent ce généreux disque sont moins directement emballantes quand on les écoute dans la foulée des concertos principalement à cause d’un son moins harmoniquement riche puisque réduit ici à deux instruments dont il faut reconnaitre la franche primauté expressive du magnifique violon de Janine Jansen sur le quelque peu mécanique et trop neutre clavecin tenu par le père de la violoniste.

Voila donc un disque très recommandable pour tous ceux qui chercheraient une voix médiane entre la légèreté parfois un peu sèche du baroque et la tentation de sentimentaliser le discours, voix qui trouve avec Janine Jansen and Friends interprètes talentueux et pudiques à la fois.